{"id":501455,"date":"2025-03-03T06:00:00","date_gmt":"2025-03-03T05:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/plumvillage.org\/?p=501455"},"modified":"2025-03-03T11:15:51","modified_gmt":"2025-03-03T10:15:51","slug":"se-liberer-de-la-peur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/articles-fr\/se-liberer-de-la-peur","title":{"rendered":"Se lib\u00e9rer de la peur"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Enseignement de Thich Nhat Hanh, publi\u00e9 en anglais dans la <\/em><a href=\"https:\/\/tricycle.org\/magazine\/free-fear\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">revue &lsquo;Tricycle&rsquo;<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/mont-blanc-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-491913\" srcset=\"https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/mont-blanc-2.jpg 1024w, https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/mont-blanc-2-499x332.jpg 499w, https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/mont-blanc-2-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">\u00ab Si nous ne sommes pas vraiment pr\u00e9sent.e, nous ne sommes pas vraiment en vie \u00bb, extrait d&rsquo;enseignement offert par <a href=\"https:\/\/tricycle.org\/author\/thichnhathanh\/\">Thich Nhat Hanh<\/a><a href=\"https:\/\/tricycle.org\/magazine-issue\/winter-2012\"> l&rsquo;hiver 2012<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Notre plus grande crainte est qu\u2019\u00e0 notre mort, nous devenions &lsquo;rien&rsquo;. Beaucoup d\u2019entre nous croient que toute notre existence est limit\u00e9e \u00e0 une p\u00e9riode particuli\u00e8re, notre &lsquo;dur\u00e9e de vie&rsquo;. Nous croyons que cela commence \u00e0 notre naissance \u2013 quand, de rien, nous devenons quelque chose \u2013 et que cela se termine lorsque nous mourons et retournons \u00e0 &lsquo;rien&rsquo;. Nous sommes donc emplis de cette peur d\u2019an\u00e9antissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si nous regardons en profondeur, nous pouvons avoir une compr\u00e9hension tr\u00e8s diff\u00e9rente de notre existence. Nous voyons que la naissance et la mort ne sont que des notions ; elles ne sont pas r\u00e9elles. Le Bouddha a enseign\u00e9 qu\u2019il n\u2019y a ni naissance ni mort. Notre croyance que ces id\u00e9es sur la naissance et la mort sont r\u00e9elles cr\u00e9e une puissante illusion qui nous cause beaucoup de souffrance. Lorsque nous comprenons que nous ne pouvons pas \u00eatre d\u00e9truits, nous sommes lib\u00e9r\u00e9s de la peur. C\u2019est un immense soulagement. Nous pouvons profiter de la vie et l\u2019appr\u00e9cier d\u2019une mani\u00e8re nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019ai perdu ma m\u00e8re, j\u2019ai beaucoup souffert. Le jour de sa mort, j\u2019ai \u00e9crit dans mon journal : \u00ab Le plus grand malheur de ma vie est arriv\u00e9. \u00bb J\u2019ai pleur\u00e9 sa mort pendant plus d\u2019un an. Puis, une nuit, alors que je dormais dans mon ermitage, une cabane situ\u00e9e derri\u00e8re un temple, \u00e0 mi-hauteur d&rsquo;une colline couverte de th\u00e9iers dans les hauts plateaux du Vietnam, j\u2019ai r\u00eav\u00e9 de ma m\u00e8re. Je me suis vu assis avec elle partageant une merveilleuse conversation. Elle semblait jeune et belle, ses cheveux tombant sur ses \u00e9paules. C&rsquo;\u00e9tait vraiment agr\u00e9able d&rsquo;\u00eatre assis et de lui parler comme si jamais elle n&rsquo;\u00e9tait morte.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je me suis r\u00e9veill\u00e9, j\u2019ai eu la tr\u00e8s forte sensation de n&rsquo;avoir jamais perdu ma maman. J&rsquo;avais un sentiment tr\u00e8s \u00e9vident que ma m\u00e8re \u00e9tait toujours avec moi. J\u2019ai alors compris que l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir perdu ma m\u00e8re n\u2019\u00e9tait que \u00e7a : une id\u00e9e. Il \u00e9tait tout \u00e0 fait clair \u00e0 ce moment-l\u00e0 que ma maman \u00e9tait toujours vivante en moi et qu\u2019elle le serait toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai ouvert la porte et je suis sorti. Tout le flanc de la colline \u00e9tait baign\u00e9 du clair de lune. En marchant lentement dans cette douce lumi\u00e8re \u00e0 travers les rang\u00e9es de th\u00e9iers, j&rsquo;ai constat\u00e9 que ma m\u00e8re \u00e9tait bel et bien toujours avec moi. Ma maman \u00e9tait la lumi\u00e8re de la lune qui me caressait comme elle l\u2019avait si souvent fait, tr\u00e8s doucement, tr\u00e8s tendrement. Chaque fois que mes pieds touchaient la terre, je savais que ma m\u00e8re \u00e9tait l\u00e0 avec moi. Je savais que ce corps n\u2019\u00e9tait pas seulement le mien mais une continuation vivante de ma m\u00e8re et de mon p\u00e8re, de mes grands-parents et arri\u00e8re-grands-parents et de tous mes anc\u00eatres. Ces pieds que je voyais comme &lsquo;mes&rsquo; pieds \u00e9taient en fait &lsquo;nos&rsquo; pieds. Ensemble, ma m\u00e8re et moi laissions des empreintes dans le sol humide.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s ce moment, l\u2019id\u00e9e d&rsquo;avoir perdu ma maman n&rsquo;avait plus lieu d&rsquo;\u00eatre. Il me suffisait de regarder la paume de ma main, de sentir la brise sur mon visage ou la terre sous mes pieds pour me rappeler que ma m\u00e8re est toujours avec moi, accessible \u00e0 tout moment.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque vous perdez un \u00eatre cher, vous souffrez. Mais si vous savez regarder en profondeur, vous avez une chance de r\u00e9aliser que sa nature est v\u00e9ritablement celle de la non-naissance, de la non-mort. Il y a la manifestation, et il y a la cessation de la manifestation pour avoir une autre manifestation. Il faut \u00eatre attentif pour reconna\u00eetre les nouvelles manifestations d\u2019une personne. Mais avec de la pratique et des efforts, vous pouvez y arriver. Soyez attentif au monde qui vous entoure, aux feuilles et aux fleurs, aux oiseaux et \u00e0 la pluie. Si vous parvenez \u00e0 vous arr\u00eater et \u00e0 regarder en profondeur, vous reconna\u00eetrez votre bien-aim\u00e9 se manifestant encore et encore sous de nombreuses formes. Vous lib\u00e9rerez votre peur et votre douleur et retrouverez la joie de vivre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le pr\u00e9sent est libre de la peur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand nous ne sommes pas pleinement pr\u00e9sents, nous ne vivons pas vraiment. Nous ne sommes pas vraiment l\u00e0, ni pour nos proches, ni pour nous-m\u00eames. Si nous ne sommes pas l\u00e0, o\u00f9 sommes-nous ? Nous courons, courons, courons, m\u00eame pendant notre sommeil. Nous courons parce que nous essayons d\u2019\u00e9chapper \u00e0 notre peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pouvons pas profiter de la vie si nous consacrons notre temps et notre \u00e9nergie \u00e0 nous soucier de ce qui s\u2019est pass\u00e9 hier et de ce qui se passera demain. Si nous avons peur tout le temps, nous passons \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fait merveilleux que nous sommes en vie et que nous pouvons \u00eatre heureux en ce moment. Dans la vie de tous les jours, nous avons tendance \u00e0 croire que le bonheur n\u2019est possible que dans le futur. Nous recherchons toujours les &lsquo;bonnes&rsquo; conditions qui ne sont pas encore r\u00e9unies pour nous rendre heureux. Nous ignorons ce qui se passe sous nos yeux. Nous recherchons quelque chose qui nous permettra de nous sentir plus solides, plus s\u00fbrs, plus s\u00e9curis\u00e9s. Mais nous avons constamment peur de ce que l\u2019avenir nous r\u00e9serve \u2013 peur de perdre notre emploi, nos biens, les gens que nous aimons autour de nous. Alors nous attendons et esp\u00e9rons ce moment magique \u2013 toujours dans le futur \u2013 o\u00f9 tout sera comme nous le souhaitons. Nous oublions que la vie n\u2019est disponible que dans le moment pr\u00e9sent. Le Bouddha a dit : \u00ab Il est possible de vivre heureux dans le moment pr\u00e9sent. C\u2019est le seul moment dont nous disposons.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"819\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/image.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-502902\" style=\"width:437px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/image.png 819w, https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/image-499x624.png 499w, https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/image-768x960.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 819px) 100vw, 819px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><span class=\"footnote\">Cr\u00e9dit photo: Todd R. Forsgren, Moucherolle \u00e0 bec bateau (Megarynchus Pitangua), 2012<\/span><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ici et Maintenant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong><em>Je suis chez moi, je suis arriv\u00e9.e<br>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;ici et maintenant<\/em><br><em>Bien solide, vraiment libre<br>Dans la terre pure, je m&rsquo;\u00e9tablis<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous revenons \u00e0 l&rsquo;ici et au maintenant, nous reconnaissons les nombreuses conditions de bonheur qui existent d\u00e9j\u00e0. La pratique de la pleine conscience consiste \u00e0 revenir \u00e0 l&rsquo;ici et au maintenant pour \u00eatre profond\u00e9ment en contact avec nous-m\u00eames et avec la vie. Nous devons nous entra\u00eener \u00e0 le faire. M\u00eame si nous avons une grande intelligence et que nous saisissons tout de suite le principe, nous devons nous entra\u00eener \u00e0 vivre r\u00e9ellement de cette mani\u00e8re. Il nous faut nous entra\u00eener \u00e0 reconna\u00eetre les nombreuses conditions de bonheur qui existent d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Le po\u00e8me ci-dessus peut \u00eatre r\u00e9cit\u00e9 en inspirant et en expirant. Vous pouvez mettre en pratique ce po\u00e8me lorsque vous vous rendez \u00e0 votre bureau en voiture. Peut-\u00eatre n&rsquo;\u00eates-vous pas encore arriv\u00e9.e \u00e0 votre bureau mais, m\u00eame en conduisant, vous \u00eates d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9.e \u00e0 votre v\u00e9ritable maison, l&rsquo;instant pr\u00e9sent. En arrivant au bureau, vous \u00eates \u00e9galement dans votre v\u00e9ritable maison. Au bureau, vous \u00eates \u00e9galement dans l&rsquo;ici et le maintenant. Le simple fait de r\u00e9p\u00e9ter le premier vers du po\u00e8me, \u00ab Je suis arriv\u00e9.e, je suis chez moi \u00bb, peut vous procurer un grand bonheur. Peu importe que vous soyez en position assise, en train de marcher, d&rsquo;arroser le potager ou de nourrir votre enfant, il est toujours possible de pratiquer la phrase \u00ab Je suis arriv\u00e9.e, je suis chez moi. J&rsquo;ai couru toute ma vie ; je ne vais plus courir ; je suis maintenant d\u00e9termin\u00e9.e \u00e0 m&rsquo;arr\u00eater et \u00e0 vivre vraiment ma vie. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous pratiquons l&rsquo;inspiration et que nous disons \u00ab Je suis arriv\u00e9.e \u00bb, et que nous arrivons vraiment, c&rsquo;est une r\u00e9ussite. \u00catre en pleine pr\u00e9sence, 100% en vie, c&rsquo;est une v\u00e9ritable r\u00e9ussite. Le moment pr\u00e9sent est devenu notre v\u00e9ritable maison. Lorsque nous expirons et disons \u00ab Je suis chez moi \u00bb et que nous nous sentons vraiment chez nous, nous n&rsquo;avons plus \u00e0 avoir peur. Nous n&rsquo;avons plus besoin de fuir.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous r\u00e9p\u00e9tons ce mantra, \u00ab Je suis arriv\u00e9.e, je suis chez moi \u00bb, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que cela nous semble r\u00e9el. Nous r\u00e9p\u00e9tons l&rsquo;inspiration, l&rsquo;expiration et les \u00e9tapes jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;\u00e0 nous sentir fermement ancr\u00e9.e.s dans l&rsquo;ici et le maintenant. Les mots ne doivent pas \u00eatre un obstacle &#8211; ils ne font que faciliter la concentration et le maintien de la vision profonde. C&rsquo;est la vision profonde qui nous permet de rester chez nous, et pas les mots.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les deux dimensions de la r\u00e9alit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si nous parvenons \u00e0 \u00eatre chez nous, \u00e0 habiter vraiment l&rsquo;ici et le maintenant, nous avons d\u00e9j\u00e0 la solidit\u00e9 et la libert\u00e9 qui constituent le fondement de notre bonheur. Il est alors possible de voir les deux dimensions de la r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;historique et l&rsquo;ultime.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour repr\u00e9senter les deux dimensions de la r\u00e9alit\u00e9, nous utilisons les images de la vague et de l&rsquo;eau. Si l&rsquo;on consid\u00e8re la dimension de la vague, la dimension historique, nous constatons que la vague semble avoir un d\u00e9but et une fin. Compar\u00e9e \u00e0 d&rsquo;autres vagues, la vague peut \u00eatre haute ou basse. La vague peut \u00eatre plus ou moins belle que les autres. La vague peut \u00eatre l\u00e0 ou pas l\u00e0 ; elle peut \u00eatre l\u00e0 maintenant et absente plus tard. Toutes ces notions sont pr\u00e9sentes lorsque nous abordons la dimension historique : la naissance et la mort, l&rsquo;\u00eatre et le non-\u00eatre, le haut et le bas, le va-et-vient, etc. Mais nous savons que lorsque nous touchons la vague plus profond\u00e9ment, nous touchons l&rsquo;eau. L&rsquo;eau est l&rsquo;autre dimension de la vague. Elle repr\u00e9sente la dimension ultime.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la dimension historique, nous parlons en termes de vie, de mort, d&rsquo;\u00eatre, de non-\u00eatre, de haut, de bas, d&rsquo;aller et de venir, mais dans la dimension ultime, toutes ces notions sont lev\u00e9es. Si la vague est capable de toucher l&rsquo;eau en elle-m\u00eame, si la vague peut vivre la vie de l&rsquo;eau en m\u00eame temps, alors elle n&rsquo;aura pas peur de toutes ces notions : d\u00e9but et fin, naissance et mort, \u00eatre ou non-\u00eatre ; la non-peur lui apportera la solidit\u00e9 et la joie. Sa v\u00e9ritable nature est celle de la non-naissance et de la non-mort, du non-d\u00e9but et de la non-fin. C&rsquo;est la nature de l&rsquo;eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacune et chacun d&rsquo;entre nous est semblable \u00e0 cette vague. Nous avons notre dimension historique. Nous parlons en termes de d\u00e9but d&rsquo;existence \u00e0 un certain moment et de fin d&rsquo;existence \u00e0 un autre moment. Nous croyons que nous existons maintenant et que nous n&rsquo;existions pas avant notre naissance. Ces id\u00e9es nous enferment, et c&rsquo;est pourquoi nous avons peur, nous sommes pris par la jalousie, par l&rsquo;envie, nous avons en nous tous ces conflits et toutes ces afflictions. Or, si nous sommes capables d&rsquo;arriver, d&rsquo;\u00eatre plus solides et plus libres, il nous sera possible de toucher notre v\u00e9ritable nature, la dimension ultime de nous-m\u00eames. En touchant cette dimension ultime, nous nous lib\u00e9rons de toutes ces notions qui nous ont fait souffrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la peur perd un peu de son pouvoir, nous pouvons examiner en profondeur son origine dans la perspective de la dimension ultime. Dans la dimension historique, nous voyons la naissance, la mort et la vieillesse, mais dans la dimension ultime, la naissance et la mort ne sont pas la v\u00e9ritable nature des choses. La v\u00e9ritable nature des choses est libre de la naissance et de la mort. La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 pratiquer dans la dimension historique, et la deuxi\u00e8me \u00e9tape r\u00e9side dans la pratique de la dimension ultime. La premi\u00e8re \u00e9tape consiste \u00e0 accepter que la naissance et la mort existent, tandis que la seconde, parce que nous sommes en contact avec la dimension ultime, nous permet de r\u00e9aliser que la naissance et la mort proviennent de notre propre esprit conceptuel et non d&rsquo;une quelconque v\u00e9ritable r\u00e9alit\u00e9. En \u00e9tant en contact avec la dimension ultime, nous sommes en mesure d&rsquo;\u00eatre en contact avec la r\u00e9alit\u00e9 de toute chose, qui ne conna\u00eet ni naissance ni mort.<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique de la dimension historique est tr\u00e8s importante pour parvenir \u00e0 pratiquer dans la dimension ultime. Pratiquer dans la dimension ultime signifie \u00eatre en contact avec notre nature de non-naissance et de non-mort, comme une vague est en contact avec sa v\u00e9ritable nature d&rsquo;eau. Nous pouvons poser la question m\u00e9taphorique suivante : \u00ab D&rsquo;o\u00f9 vient la vague et o\u00f9 va-t-elle aller ? \u00bb. Et nous pouvons r\u00e9pondre de la m\u00eame mani\u00e8re : \u00ab La vague provient de l&rsquo;eau et retournera \u00e0 l&rsquo;eau. \u00bb En r\u00e9alit\u00e9, rien ne vient et rien ne part. La vague est toujours de l&rsquo;eau, elle ne &lsquo;vient&rsquo; pas de l&rsquo;eau et elle ne &lsquo;va&rsquo; nulle part. Elle est toujours de l&rsquo;eau ; aller et venir ne sont que des constructions mentales. La vague n&rsquo;a jamais quitt\u00e9 l&rsquo;eau ; dire que la vague \u00ab vient \u00bb de l&rsquo;eau n&rsquo;est donc pas vraiment correct. Comme elle est toujours eau, on ne peut pas dire qu&rsquo;elle \u00ab retourne \u00bb \u00e0 l&rsquo;eau. Au moment m\u00eame o\u00f9 la vague est une vague, elle est d\u00e9j\u00e0 eau. Naissance et mort, aller et venir ne sont que des concepts. Lorsque nous sommes en contact avec notre nature de non-naissance et de non-mort, nous n&rsquo;avons pas peur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\" id=\"attachment_5953\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/tricycle.org\/wp-content\/uploads\/2015\/12\/037_DharmaTalk4web.jpg\" alt=\"Todd R. Forsgren, Puerto Rican Tody (Todus Mexicanus), 2009.\" class=\"wp-image-5953\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Todd R. Forsgren, Puerto Rican Tody (Todus Mexicanus), 2009.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>Sans venir, sans partir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour beaucoup d&rsquo;entre nous, les notions de naissance et de mort, &lsquo;venir et partir&rsquo;, sont la cause de nos plus grandes souffrances. Nous pensons que la personne que nous aimons est venue \u00e0 nous de quelque part et qu&rsquo;elle est maintenant partie ailleurs. Mais notre v\u00e9ritable nature est faite de ni venue ni d\u00e9part. Nous ne venons de nulle part et nous n&rsquo;irons nulle part. Lorsque les conditions sont suffisantes, nous nous manifestons d&rsquo;une certaine mani\u00e8re. Lorsque les conditions ne sont plus suffisantes, nous cessons de nous manifester de cette mani\u00e8re. Cela ne veut pas dire que nous n&rsquo;existons pas. Si nous avons peur de la mort, c&rsquo;est parce que nous ne comprenons pas que les choses ne meurent pas vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>On pense souvent que l&rsquo;on peut \u00e9liminer ce que l&rsquo;on ne veut pas : on peut br\u00fbler un village, on peut tuer une personne. Mais d\u00e9truire une personne ne la r\u00e9duit pas \u00e0 n\u00e9ant. Ils ont tu\u00e9 le Mahatma Gandhi. Ils ont tu\u00e9 Martin Luther King, Jr. Mais ces personnes demeurent pr\u00e9sentes parmi nous aujourd&rsquo;hui. Elles continuent d&rsquo;exister sous de nombreuses formes. Leur esprit perdure. C&rsquo;est pourquoi, lorsque nous regardons profond\u00e9ment en nous-m\u00eames, dans notre corps, nos sensations et nos perceptions, lorsque nous regardons les montagnes, les rivi\u00e8res ou une autre personne, nous devons \u00eatre capables de voir et toucher la nature de non-naissance et de non-mort. C&rsquo;est l&rsquo;une des pratiques les plus importantes de la tradition bouddhiste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Trouver des bases solides<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans notre vie quotidienne, notre peur nous am\u00e8ne \u00e0 nous perdre. Notre corps est l\u00e0, mais notre esprit est \u00e9parpill\u00e9. Parfois, nous nous plongeons dans un livre, et le livre nous emporte loin de notre corps et de la r\u00e9alit\u00e9 o\u00f9 nous nous trouvons. Puis, d\u00e8s que nous sortons la t\u00eate du livre, nous nous laissons \u00e0 nouveau emporter par les soucis et les peurs. Il est rare que nous revenions \u00e0 notre paix int\u00e9rieure, \u00e0 notre clart\u00e9, \u00e0 la nature de bouddha qui est en chacun de nous, afin d&rsquo;\u00eatre en contact avec notre m\u00e8re la Terre.<\/p>\n\n\n\n<p>De nombreuses personnes oublient leur propre corps, vivant dans un monde imaginaire. Ces personnes ont tant de projets et de peurs, tant d&rsquo;agitations et de r\u00eaves, qu&rsquo;elles ne vivent pas dans leur corps. Lorsque nous sommes en proie \u00e0 la peur et que nous cherchons comment en sortir, nous ne sommes pas en mesure de voir toute la beaut\u00e9 que nous offre la Terre M\u00e8re. La pleine conscience nous rappelle de revenir \u00e0 notre inspiration et d&rsquo;\u00eatre pleinement avec elle, tout comme avec l&rsquo;expiration. Ramenez votre esprit \u00e0 votre corps et demeurez dans le moment pr\u00e9sent. Regardez profond\u00e9ment, droit devant vous, ce qui est merveilleux dans le moment pr\u00e9sent. Notre Terre M\u00e8re est si puissante, si g\u00e9n\u00e9reuse et si soutenante. Votre corps est une v\u00e9ritable merveille. Lorsque vous avez pratiqu\u00e9 et que vous \u00eates solide comme la terre, vous pouvez faire face \u00e0 vos difficult\u00e9s directement, et elles commencent \u00e0 se dissiper.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Comment pratiquer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Respirer dans le moment pr\u00e9sent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Prenez un moment pour appr\u00e9cier la pratique simple de la respiration en pleine conscience : \u00ab En inspirant, je sais que j&rsquo;inspire ; en expirant, je sais que j&rsquo;expire \u00bb. Si vous pratiquez ainsi avec un peu de concentration, vous serez en mesure d&rsquo;\u00eatre v\u00e9ritablement pr\u00e9sents. D\u00e8s que vous commencez \u00e0 pratiquer la respiration consciente, votre corps et votre esprit commencent \u00e0 se rassembler. Il ne faut que 10 \u00e0 20 secondes pour accomplir ce miracle, l&rsquo;unit\u00e9 du corps et de l&rsquo;esprit dans le moment pr\u00e9sent. Et nous en sommes toutes et tous capables, m\u00eame un enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l&rsquo;a dit le Bouddha, \u00ab le pass\u00e9 n&rsquo;existe plus, le futur n&rsquo;est pas encore l\u00e0 ; il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul moment o\u00f9 la vie est disponible, et c&rsquo;est le moment pr\u00e9sent \u00bb. M\u00e9diter en respirant en pleine conscience, c&rsquo;est ramener le corps et l&rsquo;esprit au moment pr\u00e9sent afin de ne pas manquer le rendez-vous avec la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Extraits du livre de Thich Nhat Hanh <em><a href=\"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/a-propos\/thich-nhat-hanh\/key-books#block_714c7413955ed9166054692800c85fee-3\">La peur, conseils de sagesse pour traverser la temp\u00eate<\/a><\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enseignement de Thich Nhat Hanh, publi\u00e9 en anglais dans la revue &lsquo;Tricycle&rsquo; \u00ab Si nous ne sommes pas vraiment pr\u00e9sent.e, nous ne sommes pas vraiment en vie \u00bb, extrait d&rsquo;enseignement offert par Thich Nhat Hanh l&rsquo;hiver 2012 Notre plus grande crainte est qu\u2019\u00e0 notre mort, nous devenions &lsquo;rien&rsquo;. Beaucoup d\u2019entre nous croient que toute notre<\/p>\n","protected":false},"author":2779,"featured_media":209459,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"sync_status":"","episode_type":"","audio_file":"","podmotor_file_id":"","podmotor_episode_id":"","castos_file_data":"","cover_image":"","cover_image_id":"","duration":"","filesize":"","filesize_raw":"","date_recorded":"","explicit":"","block":"","itunes_episode_number":"","itunes_title":"","itunes_season_number":"","itunes_episode_type":"","ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"categories":[1588],"pv_series":[],"class_list":["post-501455","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles-fr"],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/plumvillage.org\/wp-content\/uploads\/2021\/05\/FR-Lake-1.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/501455","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2779"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=501455"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/501455\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":503760,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/501455\/revisions\/503760"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/209459"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=501455"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=501455"},{"taxonomy":"pv_series","embeddable":true,"href":"https:\/\/plumvillage.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pv_series?post=501455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}