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Bouddha vivant, Christ vivant - Rencontre interreligieuse à Lausanne
Thay rencontre le professeur de théologie Carl-Albert Keller et les pasteurs Claude Schwab et Shafique Keshavjee. Ce dernier est le modérateur de la rencontre.
Pour Thay, le bouddhisme est constitué d’éléments non bouddhistes, de même le christianisme est fait d’éléments non chrétiens. Dans la Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne peuvent pas exister indépendamment l’un de l’autre. Bouddha peut être un maître ou un co-pratiquant pour nous, nous n’avons pas besoin que Bouddha soit un Dieu. Mais Bouddha, comme chacune de nous, a la nature de non-naissance et non-mort. Réaliser cela nous libère de la peur.
Les pratiques de méditation nous rendent vraiment vivants. Nous arrêtons la course, nous touchons les merveilles de la vie qui sont là dans le moment présent, nous entrons dans le royaume de Dieu ou dans la Terre Pure - il n’est pas nécessaire de mourir pour y entrer. Quand on est habité par la pleine conscience dans la marche, la respiration, les repas, la vaisselle, on aide le Saint-Esprit à s’installer en nous ; on cultive la liberté, la solidité et la sainteté. On peut faire la paix avec son corps, ses émotions, sa conscience.
Pour Thay, la prière du cœur est faite lorsqu’on est vraiment installé dans l’instant présent, corps et esprit entièrement réunis. Dans ces conditions, l’Esprit Saint est là et on devient alors capable de comprendre, de pardonner, d’offrir la joie et de soulager la douleur.
Le professeur Carl-Albert Keller exprime sa pleine entente avec le bouddhisme sur la nature de non-naissance et non-mort. “Nous sommes nirvana, autrement dit, nous sommes Dieu. Parce que Dieu n’est pas né, il n’est pas devenu, il n’est pas fabriqué, il n’est pas composé. On ne peut rien dire de lui.” “Nous sommes Dieu. Et nous sommes donc le Christ qui est Dieu. Nous sommes le Saint-Esprit qui est Dieu.” Il ajoute que si Dieu est indicible, il se manifeste pourtant et nous permet de le nommer, de le dire. Le professeur pose cette question à Thay : de la même façon qu’il existe un lien entre Dieu sans nom et le Dieu manifesté, intime, que nous prions, y a-t-il un lien organique entre le nirvana non-né, non-mort et nous qui sommes nés et allons mourir ?
Le pasteur Schwab quant à lui note que l’enseignement de Thay lui fait prendre conscience qu’il est plus calviniste qu’il ne le croyait, car il ne se voit pas capable de faire la paix avec lui-même tout seul et qu’il a besoin pour cela d’une parole qui vient d’ailleurs. Il remarque aussi que c’est souvent grâce à la colère et à l’affrontement qu’il réussit à rencontrer vraiment l’autre et à rencontrer Dieu. Le pasteur ressent une différence entre les traditions bouddhiste et chrétienne : si nous pouvons tous être des bouddhas, “je ne serai jamais un Christ, il y aura toujours une distance entre le Christ et moi-même”.
Ce dialogue se poursuit, et Thay répond ensuite à quelques questions partagées par des membres de l’audience : comment le message de pleine conscience peut-il aider le monde occidental à sortir de ses carcans ? Le Bouddha porte-t-il, à l’image du Christ ressuscité, les stigmates ou les plaies de la souffrance pour le monde ? Qu’est-ce que la liberté, et s’agit-il uniquement d’une libération des émotions et de la peur ? Etc.
Cette rencontre a eu lieu le 18 septembre 1998 à la Salle Métropole à Lausanne en Suisse.