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Thich Nhat Hanh exprime sa vision des Cinq Entraînements à la Pleine Conscience

Cet entretien a fait l’objet d’une publication en deux volets, en novembre 2012 et janvier 2013. Paru en anglais dans Shambhala Sun, Andrea Miller

Nul besoin d’être bouddhiste

Dans cet entretien, Thich Nhat Hanh explique à Andrea Miller que toute personne peut mettre en pratique les cinq entraînements à la pleine conscience et mener ainsi une vie de compréhension et de compassion.

“Pourquoi dites-vous qu’il n’est pas nécessaire d’être bouddhiste pour recevoir la transmission des cinq entraînements à la pleine conscience ?”

Il n’est pas nécessaire d’être bouddhiste pour penser avec compréhension et amour. Vous n’avez pas besoin d’être bouddhiste pour prononcer des paroles agréables, empreintes de compassion. C’est pourquoi nous considérons que les cinq entraînements à la pleine conscience sont une éthique globale, destinée tant aux bouddhistes qu’aux non-bouddhistes.

Les pratiques de pleine conscience sont très concrètes. On ne peut pas en parler, il faut les vivre. Un séjour au Village des Pruniers peut nourrir en vous le désir de ramener cette pratique à la maison et de faire de votre famille une sorte de Village des Pruniers. Vous récitez les entraînements et vous vous entraînez à respirer, à vous asseoir et à manger de manière à pouvoir apporter du bonheur et réduire la souffrance.

Je comprends que les cinq entraînements à la pleine conscience sont un moyen concret de mettre en œuvre le noble sentier octuple : la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence justes, l’effort juste, la pleine conscience juste et la concentration juste. Comment cela fonctionne-t-il ?

La vue juste est la vue de l’inter-être, libre de toute discrimination. Et grâce à la vision de l’inter-être, la pensée juste émerge. La pensée juste est la pensée sans discrimination. Lorsque vous produisez une pensée alignée sur la pensée juste, cette pensée est emplie de compréhension et de compassion. Elle a le pouvoir de vous guérir et de guérir le monde. Ainsi, avec la vue juste – avec la compréhension de l’inter-être – vous pouvez également pratiquer la parole juste. Tout ce que vous dites ou écrivez peut refléter l’esprit de non-discrimination, qu’il s’agisse d’un courriel, d’un article ou d’un poème. Cela signifie que ce que vous dites et écrivez est exempt de division, de peur et de haine. Notre message est chargé de compassion et de compréhension. La parole juste peut suffire à vous guérir vous-même et le monde. Ensuite vient l’action juste, ce que nous faisons avec notre corps. Libre de toute discrimination, et de toute peur, tout ce que nous faisons peut aider la planète à survivre.

Vous avez dit que nos pensées, nos paroles et nos actions sont notre continuation. Que voulez-vous dire par là ?

Tout ce que vous pensez, tout ce que vous dites et tout ce que vous faites est votre continuation. C’est une sorte d’énergie qui va perdurer encore longtemps. En effet, une fois que votre corps s’est désintégré, votre vie se poursuit grâce aux trois types d’énergie que vous produisez chaque jour. Après avoir quitté cette forme active d’être, vous acquérez d’autres formes d’être, parce que l’énergie que vous produisez donnera lieu à de nouvelles formes.

C’est comme un nuage. Quand un nuage n’est plus un nuage, il est quelque chose d’autre, par exemple la pluie, la neige ou la grêle. Donc, quand vous ne voyez plus de nuage dans le ciel, vous ne dites pas qu’il n’est plus là. Vous savez qu’il est encore là, sous d’autres formes. Il en va de même pour l’être humain. Lorsque vous n’êtes plus sous cette forme de corps, alors votre action – votre karma, ce que vous produisez en termes de pensée, de parole et d’action – est votre continuation. C’est pourquoi, lorsque vous pratiquez la pleine conscience, la concentration et la vision profonde, vous pouvez vous assurer une belle et bonne continuation dans le futur.

Quel est votre espoir pour l’avenir du Village des Pruniers ?

Nous ne nous inquiétons pas pour l’avenir. Nous nous préoccupons du présent, car nous savons que si nous faisons de notre mieux dans le moment présent, c’est amplement suffisant. C’est tout ce que nous pouvons faire pour l’avenir. L’avenir dépend du présent ; ainsi, si nous mettons tout notre cœur dans ce que nous faisons ici et maintenant, l’espoir est toujours au rendez-vous. Mais si nous nous sentons impuissants dans le moment présent, il n’y a pas d’espoir pour l’avenir. La survie de la planète dépend du présent – de la façon dont nous vivons notre vie aujourd’hui.


Thich Nhat Hanh à propos des cinq entraînements à la pleine conscience :

Un Q&R exclusif publié par Shambhala SunSpace

Une sœur en robe brune m’a conduit dans un couloir bordé de portes. Elle en a ouvert une, mais il n’était pas là, même si la table à l’intérieur était dressée avec du thé. Ensuite, elle en a ouvert une autre et là, derrière la porte numéro deux, se trouvait le célèbre moine. Thich Nhat Hanh était allongé sur un hamac vert, buvant du thé Oolong dans une tasse transparente et grignotant du gingembre confit.

Très gentiment, il a insisté pour que je savoure moi aussi un peu de thé et de gingembre, mais j’avais des difficultés à être en pleine conscience des saveurs. La perspective de l’interview dans laquelle je me lançais me rendait trop nerveuse. Il n’y avait pourtant aucune raison particulière à cela. Durant une heure, Thich Nhat Hanh a bavardé avec moi, avec toute la chaleur et la profondeur qui le caractérisent. Une grande partie de notre conversation s’est déroulée dans le cadre de la rubrique “Au pays du présent du moment présent” du numéro actuel du Shambhala Sun, et dans l’encadré “Vous n’avez pas besoin d’être bouddhiste”. Mais aujourd’hui, j’aimerais vous faire part d’un autre élément de notre conversation, en exclusivité sur le blog du Shambhala Sun.

Vous avez fait des cinq entraînements à la pleine conscience une véritable synthèse des quatre nobles vérités et du noble sentier octuple. Pouvons-nous parler un peu des cinq entraînements à la pleine conscience ?

Le premier entraînement concerne la protection de la vie et est motivé par la vision de l’inter-être et de la compassion. Le deuxième concerne le bonheur véritable. Le bonheur véritable ne repose pas sur la célébrité, le pouvoir, la richesse ou les plaisirs sensuels, mais plutôt sur la compréhension et l’amour. Il n’est pas nécessaire de courir vers l’avenir pour chercher le bonheur. La capacité à vivre dans l’ici et le maintenant vous permet de reconnaître les nombreuses conditions de bonheur.

Qu’en est-il de l’amour véritable, le troisième entraînement à la pleine conscience ?

Le désir sexuel et l’amour sont deux choses distinctes. Le désir sexuel sans pleine conscience et sans compassion peut causer beaucoup de souffrance tant pour vous que pour l’autre personne. Mais l’amour véritable apporte toujours de la joie et du bonheur. Selon cette pratique, nous devrions nous engager à ne pas avoir de relation sexuelle sans amour véritable ni engagement profond, durable et connu de nos proches. Or, l’amour véritable n’engendre aucune souffrance, car il est fondé sur la compréhension de l’inter-être. Votre souffrance est la sienne ; son bonheur est le vôtre. Il n’y a donc plus de discrimination, l’harmonie est possible, et la peur et la colère ne peuvent plus exister.

Ensuite, le quatrième entraînement à la pleine conscience porte sur la Parole aimante et l’Écoute profonde.

Cette Pratique a le pouvoir de rétablir la communication et d’apporter la réconciliation. Si vous apprenez comment appliquer le quatrième entraînement à la pleine conscience, quelques jours de pratique peuvent suffire à mettre fin à des difficultés relationnelles vieilles de plusieurs années. Vous pouvez ramener l’harmonie, la compréhension mutuelle et le bonheur. Ensuite, le cinquième entraînement à la pleine conscience porte sur la consommation juste. Beaucoup de gens consomment parce qu’ils veulent masquer la souffrance intérieure. Ils n’ont pas besoin de manger, mais ils mangent pour échapper à la solitude, à la dépression ou au désespoir. Ils lisent des magazines, vont sur Internet, diffusent de la musique, prennent leur voiture, tout cela pour oublier et fuir leurs souffrances. Mais en consommant ces choses, ils introduisent en eux davantage de toxines, de violence et de désir. Dans le Bouddhisme, la Pratique consiste à prendre soin de sa propre souffrance. Si vous comprenez votre souffrance, vous comprendrez plus facilement la souffrance de l’autre personne. Lorsque vous comprenez la souffrance de l’autre personne, vous n’êtes plus en colère contre elle, et vous essayez de faire ou de dire quelque chose pour l’aider à souffrir moins. Cela signifie que reconnaître la souffrance de l’autre personne aide à faire naître la compassion en vous, et quand la compassion se manifeste en votre cœur, vous ne souffrez plus. Au contraire, vous essayez d’aider. Une consommation saine peut aider votre famille, votre société. La consommation juste peut préserver la terre.

Je crois savoir que votre Sangha internationale œuvre à l’introduction de la pratique de la pleine conscience dans les écoles.

Il est possible d’introduire ce type de pratique dans les écoles de chaque niveau. Il n’est pas nécessaire d’utiliser des termes bouddhistes. L’éthique mondiale peut faire l’objet d’une heure d’enseignement chaque semaine et, chaque jour, les enseignants et les élèves apprennent des choses concrètes comme la respiration, la relaxation, la libération des tensions dans leur corps. Si les enseignants et les étudiants savent comment respirer et marcher de manière à pouvoir être dans le moment présent, ils apprendront à apprécier les nombreuses conditions de bonheur disponibles pour eux. Ils apprécieront la paix – le fait de ne pas avoir à courir sous les bombes – et ils apprécieront de ne pas avoir à parcourir une quinzaine de kilomètres pour se procurer de l’eau potable. Il y a tant de conditions de bonheur : aller à l’école, passer des soirées à la maison, avoir une famille, avoir quelque chose à manger et une maison pour vivre. Nombre d’enfants dans le monde n’ont pas ces choses, alors respirer et marcher aide non seulement les élèves à se libérer des tensions, mais aussi à reconnaître toutes leurs conditions de bonheur. C’est l’enseignement du Bouddha : Il est possible de vivre heureux dans le moment présent. Les enseignants peuvent s’entraîner à vivre de cette façon, afin d’aider les élèves à y parvenir également. Au Village des Pruniers, nous avons formé des enseignants dans de nombreux pays pour qu’ils puissent faire ce travail. Nous espérons pouvoir faire entrer les cinq entraînements à la pleine conscience dans les écoles, non pas en termes de théorie, mais bien en pratique. Au Bhoutan, un cours est actuellement dispensé aux enseignants à travers tout le pays, pour leur apprendre à mettre cette pratique en œuvre dans les écoles. En Californie, nous en avons parlé avec le Gouverneur Brown et il nous a dit que nous devions d’abord commencer avec quelques écoles. Il nous a donc demandé de former les enseignants dans deux écoles de Californie du Nord. Ensuite, une fois les résultats publiés, nous pourrions faire une proposition afin que d’autres écoles puissent adopter cette pratique.

Comment votre Sangha fonctionne-t-elle avec les cinq entraînements à la pleine conscience ?

Toutes les deux semaines, nous nous réunissons pour réciter les cinq entraînements et examiner la manière de mieux les appliquer dans notre vie quotidienne. Ce type de pratique peut aider à réduire très rapidement la souffrance et à apporter plus de bonheur.

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What is Mindfulness

Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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