En ce début de printemps, l’appel des jardins se fait sentir. Au Village des Pruniers, des pratiquantes et pratiquants s’investissent pour œuvrer à la ‘Happy Farm’, la ferme joyeuse, dont nous vous invitons à découvrir les coulisses à travers le témoignage de Lou Salomon, responsable de la Happy Farm au Hameau du Bas.
Bonne lecture et inspiration….
Une ‘Porte du Dharma’ est une pratique, une activité, un lieu ou toute autre chose qui nous permet d’être en pleine présence, ici et maintenant, et de toucher une vision profonde.
Pour moi, la Happy Farm, le potager du Village des Pruniers, est un espace où les portes du Dharma sont nombreuses et où mille saveurs et couleurs abondent à chaque instant. Elles m’appellent à éveiller mes sens, à réaliser la nature profonde des choses, à expérimenter l’impermanence et à savourer l’inter-être.
Être à la Happy Farm, c’est être proche du Vivant.
C’est voir se déployer le cycle des saisons, les graines se transformer, laisser jaillir de leurs entrailles une incroyable abondance, et réaliser que rien ne se crée et que tout se transforme.
C’est observer que pour transformer le compost en terre fertile, il faut passer par un processus de transformation considérable. Et c’est aussi nous laisser émerveiller par la vie et nous laisser guérir par la magie de la Terre Mère, en constatant que l’inter-être s’exprime partout, à chaque instant. C’est comme une bouffée d’air frais qui me rapproche de l’essence de mon être, de l’origine et de l’éternité.


Être à la Happy Farm, c’est aussi cultiver une profonde confiance en la vie.
Dès l’âge de 20 ans, je me suis fortement impliquée dans différentes associations à caractère social et écologique. Comme beaucoup de personnes préoccupées par l’état de notre planète, j’ai ressenti un sens de l’urgence à agir. Une force intérieure me poussait à en faire toujours plus, avec toujours davantage de projets, et me disait que je n’avais pas vraiment le droit de me ‘reposer’.
Aujourd’hui, au contact de la nature tous les jours, j’ai pu calmer mon esprit, revenir à mon corps et relâcher cette contraction. J’ai pris conscience que je suis la Nature et j’ai développé une acceptation radicale de ‘ce qui est’ afin d’agir depuis un espace plus libre, plus profond et plus créatif.
Certains m’ont demandé si je me sentais inquiète lorsque j’observais des conditions météorologiques inhabituelles pour la saison. Ma réponse est ‘non’. Peut-être parce que je suis une jeune agricultrice et que je ne peux pas comparer avec des décennies de conditions météorologiques. Par ailleurs, j’ai l’impression qu’en étant proche de la nature, la confiance en sa résilience est profonde. Notre mission, en produisant des légumes, est d’accepter ce qui est, de nous y adapter et de voir comment nous pouvons nous rapprocher encore plus de la nature et co-créer avec ce que nous offre la météo au quotidien.
Être à la Happy Farm, c’est avoir la chance de grandir avec d’autres ‘Happy Farmers’, de cultiver la joie d’être, de faire ensemble et de développer l’amitié spirituelle. C’est s’émerveiller ensemble de la taille des patates douces, déguster un petit-déjeuner de tomates et basilic fraîchement cueillis, partager nos cheminements intérieurs ainsi que des anecdotes sur notre pratique de la pleine conscience dans le jardin, être couvertes de boue à chaque pluie, et voir les sourires sur les visages des sœurs lorsque nous apportons les récoltes (surtout avec les tomates 😊).


Être à la Happy Farm signifie également développer notre capacité à être équanime et à naviguer au-delà des notions de ‘bien’ et de ‘mal’.
L’été dernier, j’ai été profondément touchée par un moment où une personne du groupe a identifié un insecte qui venait d’être pris au piège par une toile d’araignée. L’impulsion naturelle nous incitait à sauver l’insecte, mais était-ce juste pour l’araignée ? Devions-nous intervenir ou laisser faire la nature ? En silence, nous avons regardé l’araignée manger l’insecte. Il est difficile de dire quelle était la ‘bonne’ réponse à ce moment-là, mais ce qui était présent en moi, c’était d’être capable d’accepter et d’être pleinement présent à ce qui était là, de faire preuve d’humilité face aux forces qui animent la vie, et de percevoir qu’au-delà de la forme, il n’y a que de l’énergie qui se transforme.
Le maraîchage, c’est aussi être capable d’accepter la partie de soi qui crée les conditions pour que germe une graine, prendre soin de la plante et en récolter les fruits avec gratitude, et aussi accepter l’autre partie qui a parfois un effet plus destructeur, par exemple en supprimant un certain écosystème pour créer de nouvelles planches de culture, ou en utilisant des outils qui provoquent la mort inévitable de certains insectes ou de certains vers de terre. Il s’agit donc d’embrasser ces deux directions en notre cœur et de trouver le terrain où se rencontrent ces paradoxes.
Ce matin, un nouveau jour se lève sur la Happy Farm et les portes du Dharma ouvrent mon cœur à la profonde réalité de la vie. Si vous venez au Village des Pruniers, soyez les bienvenu.e.s pour savourer ces délicieux nectars. À bientôt !








Photos prises principalement par Helena Brunnerova et Jacopo Miceli, engagé.es dans le projet Happy Farm depuis plusieurs années ainsi que par quelques retraitant.es
Quelques ressources
- Site de la Happy Farm (en anglais)
- Une semaine de retraite à Happy Farm du Hameau du Bas (hameau des soeurs, à Loubès-Bernac)
- Une semaine de retraite à la Happy Farm du Hameau du Haut (hameau des frères)