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Mise à jour: En raison du Coronavirus, le Village des Pruniers est fermé.

Les pousses de bambou et le thé

En tant que monastiques, il est toujours extrêmement précieux de pouvoir honorer une invitation de notre Maître (affectueusement appelé Thây) à partager le thé avec lui ou à passer un moment en sa compagnie. C’est ainsi que deux Sœurs, Sr Thuan Nghiem et Sr Thao Nghiem, partagent avec nous leurs expériences du Partage du thé avec Thây et de voyages en sa compagnie. Elles témoignent également de la façon dont elles aimeraient être sa continuation.

A tea hut in Plum Village

Un silence confortable

[Soeur Thao Nghiem] Quand je suis arrivée au Village des Pruniers, je ne pouvais pas encore percevoir l’amour de Thây. Élevée et ordonnée au Vietnam, je n’avais pas eu la chance d’être auprès de Thây durant mes premières années de formation.  Après avoir vécu au Village des Pruniers pendant un certain temps, j’ai pu apprécier la présence et la chaleur de Thây. Un jour, Thây m’a demandé : “Est-ce que tu es à l’aise, assise en présence de Thây ?” J’ai répondu : “Ça va tant que je ne dois rien dire, parce que je ne sais vraiment pas quoi dire.” Thây a souri et m’a dit : “Tu n’as pas besoin de dire quoi que ce soit. Il suffit de savourer le plaisir de s’asseoir, de respirer et être à l’aise. C’est suffisant”. À partir de ce moment, l’occasion de m’asseoir avec Thây s’est révélée une expérience très agréable, calme et profonde.

L’amour entre le Maître et l’élève s’est épanoui, dans le calme et la sérénité. Par la suite, le climat de réconfort s’installant en douceur, les mots et les histoires ont commencé à apparaître naturellement, et le professeur et l’élève ont pu se comprendre en profondeur. Quand nous étions ensemble, le silence régnait, et les rires aussi. Au fil du temps, j’ai raconté de nombreuses histoires à Thây, et nous avons discuté d’une multitude de sujets. J’ai beaucoup apprécié ces conversations. Thây m’avait donné l’espace dont j’avais besoin, et notre relation a pu s’épanouir.

Les pousses de bambou et le thé

[Sr Thao Nghiem] La présence calme de Thây et son tendre amour pour la nature nous ont beaucoup apporté. Thây affectionnait particulièrement la saison des pousses de bambou, entre avril et mai. Nous aimions récolter les pousses de bambou ensemble, les dépouiller de leur pelage, les faire bouillir et les conserver au réfrigérateur. Thây ne manquait jamais de faire cuire un pot de pousses de bambou avec du tofu pour régaler ses enfants. Les pousses de bambou cuites par Thây étaient tendres, poivrées, savoureuses et délicieuses ! Chacun de nous rêvait d’avoir la chance de goûter aux pousses de bambou salées de Thây, consommées avec du riz blanc, surtout par temps froid !

[Sr Thuan Nghiem] Un soir, après le dîner, le téléphone a sonné. C’était Thây. Il a dit : “S’il te plaît, monte et passe du temps avec moi.” C’était très gentil. Nous sommes allés voir le cactus en pleine floraison. Nous sommes arrivés vers 19 ou 20 heures et nous avions encore deux heures d’attente avant que la fleur n’éclose. Le cactus était au milieu de la chambre de Thây. Nous étions assis en cercle, Thây nous a versé du thé puis a dit : “con hat di” (Chère enfant, s’il te plaît, chante pour moi). Il m’a demandé de chanter, mais j’étais très têtue. Il m’a demandé trois fois, mais j’étais si obstinée que je n’ai pas chanté, alors c’est lui qui a chanté. Thây nous a chanté une chanson d’enfance, une chanson française. 

Lorsque Thây demandait à quelqu’un de chanter, il se préparait lui-même. Généralement, après le chant de cette personne, Thây se mettait à chanter à son tour. Mais dans mon cas, pas de chant, parce que je n’avais jamais chanté avant d’être ordonnée ! 

Notre maître, Thay, préparant du thé

Puis, il y a cette autre fois, où Thây préparait et versait le thé. Je l’ai regardé et j’ai su que c’était du thé noir, et il est très fort. Or, c’était le soir. Et tandis que Thây versait le thé, je lui ai dit : “Je ne bois pas de thé, Thây”. Thây m’a alors regardée et m’a dit : “Reste tranquille. Ici, nous sommes dans la Hutte de l’Assise tranquille”, et il m’a servi le thé. Je l’ai bu, et après cela, j’ai dit : “Je peux en avoir un autre ?” Voilà mes années de noviciat… avec toutes ces contradictions.

En voyage avec Thây

Lors de nos voyages, quand nous attendions pour nous enregistrer à l’aéroport, Thây faisait des allers et retours et nous disait toujours : “Nous enregistrons, mais nous respirons aussi.” Avant de monter à bord de l’avion, nous pouvions voir Thây assis au premier rang de la salle d’attente, nous étions en pleine conscience, nous souvenant de retourner à notre respiration. C’était sa façon à lui de nous le rappeler. À ce moment-là, je n’y pensais pas. En tant que novice, j’avais très peu de pleine conscience. Mais maintenant, quand je médite, je me souviens de toutes ces choses. C’est précisément de cette façon que Thây voulait nous y faire penser, parfois verbalement, mais parfois par le biais de son corps physique. Thây était également le dernier à monter à bord. 

Durant les six heures de route entre la Californie du Sud et la Californie du Nord, nous avons pratiqué la méditation du bus. Thây monta le dernier à bord du bus. En souriant, il s’approcha et nous dit : “Nous faisons le travail du Bouddha, alors nous l’invitons à monter dans le bus avec nous”. Bong. “Invitons le Bouddha qui est en nous à respirer, à être dans le bus avec nous.” Aujourd’hui, je me souviens de tous ces détails. Je me rends compte que Thây faisait de chaque moment une occasion de nous rappeler à la réalité, de revenir pour être en pleine conscience, de respirer en pleine conscience. 

Notre maître Thich Nhat Hanh lors d’une marche pour la paix à New York.

La continuation de notre Maître

[Sr Thuan Nghiem] L’enseignement de Thây est l’enseignement sur l’amour. Grâce à son amour, il a pu créer une magnifique communauté où nous pouvons pratiquer et apprendre les uns des autres.

Il faut apprendre à s’aimer soi-même. Quand nous sommes ordonnés, nous ne savons pas vraiment comment nous aimer nous-mêmes. Comme je l’ai dit, la discipline est la clé. Si vous êtes capable de suivre le programme, vous apprenez peu à peu à vous aimer vous-même.

Lorsque nous nous voyons nous-même, il devient plus facile d’établir des relations avec les autres et nous pouvons également voir les autres personnes. Ils traversent exactement la même chose que nous. Peut-être avons-nous plus de chance. Peut-être nous transformons-nous plus rapidement. Mais en réalité, tout le monde traverse les mêmes choses. Quand nous voyons cela, nous sentons que nous pouvons vivre et pratiquer avec les autres. Nous n’avons pas le sentiment qu’il n’y a pas d’espoir et que nous devons abandonner parce que nous voyons beaucoup de choses négatives en eux et qu’ils ne changeront pas. Beaucoup de monastiques ont quitté la Communauté parce que c’est ce qu’ils voyaient. Mais en fait, la pratique est pour nous.

Lorsque je suis capable de suivre et de réguler mon niveau d’énergie, je reconnais mes énergies d’habitude. Je regarde autour de moi et je vois : “Oui, tous les gens ont des énergies d’habitude. Il est impossible de trouver des gens qui n’en ont pas”. Quand je vois les plus jeunes arriver avec de nombreuses énergies d’habitude, je m’interroge en toute honnêteté : “Est-ce que j’ai moi aussi ces énergies d’habitude ?

Pourquoi venons-nous ici ? Nous venons ici parce que nous voulons pratiquer. Mais après un certain temps, nous oublions ; nous regardons autour de nous et c’est là que les difficultés surgissent. Nous commençons à voir beaucoup d’énergies d’habitude chez les autres ; nous jugeons et nous perdons beaucoup d’énergie. Je vois que j’ai beaucoup d’énergies d’habitude, surtout mon caractère versatile. Je vois que tous les gens sont pareils. Nous avons tous besoin de temps. Nous ne pouvons pas demander aux autres de se transformer rapidement, alors que nous nous permettons d’être lents.

Sr Thuan Nghiem (première rangée, avec des lunettes) est une soeur ainée très appréciée qui réside actuellement au Hameau Nouveau.

[Sr Thao Nghiem] Les jours où on me signale que Thây ne se sent pas très bien, je constate que des inquiétudes m’habitent. Parfois, j’aimerais que notre distance géographique ne soit pas si grande, afin que nous puissions tous voir Thây et être rassurés en nos cœurs. Autrefois, j’ai eu de nombreuses occasions de tenir la main de Thây et d’harmoniser notre respiration. La sensation la plus confortable et la plus chaleureuse était celle d’être vraiment présents l’un pour l’autre. 

Loin de lui, Thây me manque beaucoup. Je reste assise et je respire avec Thây, retrouvant la paix pour moi et pour toutes mes sœurs qui m’entourent. Thây est vraiment là et en chacun de nous. Prendre soin de notre pratique, c’est prendre soin de Thây. Je sais que Thây apprécie chaque repas, respire agréablement, dort bien et se sent heureux entouré de ses enfants monastiques. Lorsque nous apprécions ces pratiques nous-mêmes, je sais que Thây est là dans nos cœurs. Et quand ma pratique n’est pas encore assez solide, je l’entends me parler. Par un sourire chaleureux et encourageant, il me rappelle : “Ma chérie, tu peux le faire”.

Heureuse continuation, cher Thây !

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What is Mindfulness

Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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