Poésie de Thay / Une rose pour votre boutonnière

« Lorsque j’étais un enfant j’ai entendu un poème tout simple parlant de la mort de la maman et celui-ci a été très important pour moi. »

Poème en prose écrit par notre maître

« La pensée “maman” ne peut pas être séparée de celle de l’amour. L’amour est doux, tendre et délicieux. Sans amour, un enfant ne peut pas s’épanouir, un adulte ne peut murir. Sans amour nous nous affaiblissons, nous nous desséchons. Le jour où ma mère est morte j’ai écrit ceci dans mon journal : “Le plus grand malheur de ma vie est arrivé!”. Même une personne âgée, lorsqu’elle perd sa mère ne se sent pas prête. Elle aussi a l’impression qu’elle n’est pas mûre, qu’elle est soudainement seule. Elle se sent comme un jeune orphelin abandonné et malheureux. Nous nageons dans un monde d’amour tendre pendant de nombreuses années, et sans même le savoir nous y sommes très heureux. Nous en devenons conscients seulement lorsqu’il est trop tard.

Lorsque j’étais un enfant j’ai entendu un poème tout simple parlant de la mort de la maman et celui-ci a été très important pour moi. Si votre maman est encore vivante, en le lisant vous ressentirez de la tendresse pour elle, avec la crainte de cet évènement inévitable :

Cette année, alors que j’étais encore très jeune,
ma mère m’a quitté,
et j’ai réalisé que j’étais un orphelin.
Tout le monde autour de moi pleurait.
J’ai souffert en silence…..
permettant aux larmes de couler.
J’ai senti ma douleur s’adoucir.
Le soir enveloppait la tombe de ma mère.
La cloche de la pagode a sonné doucement.
J’ai réalisé que de perdre sa maman
est de perdre tout l’univers
.”

Il y a des moments où après une fièvre nous avons un goût amer et fade dans notre bouche et rien ne nous semble bon. Notre maman vient nous voir et gentiment nous borde dans notre lit, met sa main sur notre front brûlant et doucement nous murmure “ma pauvre chérie“, à ce moment là nous nous sentons beaucoup mieux, entourée par la douceur de l’amour maternel. Son amour est inconditionnel, si doux et si sucré, comme le miel.

L’amour d’un père est immense, aussi grand qu’une montagne. Le dévouement d’une maman est débordant, comme l’eau d’une source. L’amour maternel est notre premier contact avec l’amour. Notre mère est le maitre qui nous enseigne l’amour, le sujet le plus important de la vie. Sans ma mère je n’aurais jamais su savoir comment aimer. Grâce à elle je suis capable d’aimer mon prochain. Grâce à elle je peux aimer tous les êtres vivants. Notre mère est un esprit doux et tendre qui fait disparaître la tristesse et les inquiétudes. Quand le mot “maman” est prononcé, nous sentons immédiatement nos cœurs déborder d’amour.

En Occident nous célébrons la fête des mères en mai. Au Japon, si votre mère est encore vivante, vous portez une rose rouge à votre boutonnière fier d’avoir une mère. Si elle n’est plus vivante, vous portez une rose blanche. J’ai regardé la fleur blanche sur ma robe et soudainement je me suis senti très malheureux. J’étais un orphelin comme tous les autres orphelins malheureux, nous orphelins nous ne pouvons plus fièrement porter des roses rouges à nos boutonnières. Ceux qui portent des fleurs blanches souffrent, et leur pensée va vers leur mère. Ils ne peuvent pas oublier qu’elle n’est plus là. Ceux qui portent des roses rouges sont heureux sachant que leur mère est encore vivante. Ils peuvent essayer de lui faire plaisir avant qu’elle ne soit partie et qu’il soit trop tard. Je trouve cela une très belle coutume. Je propose que nous fassions la même chose au Vietnam et en Occident aussi.

Notre mère est une source intarissable d’amour, un trésor inépuisable. Malheureusement, parfois, nous oublions cela. Une mère est le plus beau cadeau que la vie nous ait offert. Si votre mère est encore vivante, s’il vous plait, n’attendez pas sa mort pour dire : “Mon Dieu, j’ai vécu à côté de ma mère toutes ces années sans l’avoir jamais vraiment regardé“. Juste des regards brefs, quelques mots échangés – pour demander un peu d’argent de poche ou une chose ou l’autre. On se blottit contre son sein pour avoir chaud, on boude, on se fâche avec elle. On lui complique sa vie, lui apportant de l’inquiétude, affaiblissant sa santé, la faisant se coucher tard et se lever tôt. Nous attendons d’elle qu’elle cuisine, nettoie après nous, alors que nous pensons uniquement à nos études ou à notre carrière. Notre mère n’a plus le temps de vraiment nous regarder et nous sommes trop occupées pour vraiment la regarder. Lorsqu’elle n’est plus là, alors seulement nous réalisons que nous n’avons pas été conscients d’avoir une mère.

Ce soir, en rentrant de l’école ou du travail ou bien si vous vivez loin d’elle, la prochaine fois que vous lui rendrez visite, entrez dans sa chambre et avec un sourire calme et doux, asseyez-vous près d’elle. Sans rien dire, faite la s’arrêter de travailler. Ensuite regarder la longuement, regardez la bien. Faites cela pour vraiment la voir, réaliser qu’elle est ici, vivante, près de vous. Prenez sa main et posez lui cette courte question qui attirera son attention. “Maman, sais-tu quelque chose ?” Elle sera peut-être un peu surprise et vous demandera en souriant “Oui, ma chérie ?”   Vous continuerez à la regarder dans les yeux, et avec un sourire serein vous lui direz : “Sais-tu que je t’aime ?” Posez-lui cette question sans attendre de réponse. Même si vous avez 30 ou 40 ans, ou si vous êtes plus âgé, posez la question simplement parce que vous êtes l’enfant de votre maman. Votre maman et vous serez heureux, conscients de vivre l’amour éternel. Et demain lorsqu’elle vous quittera vous n’aurez pas de remords.

Cette rose rouge, je l’ai déjà accroché à votre boutonnière. S’il vous plait soyez heureux. »


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Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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