Thich Nhat Hanh sur... / Enseignement du Dharma : Les différents visages de l’Amour

Enseignements offerts par Thich Nhat Hanh en 2002 et parus dans la revue américaine ‘The mindfulness Bell’

Enseignements sur la dimension de l’action d’Avalokiteshvara, le Bodhisattva de la Grande Compassion, extraits du Chapitre de la Porte Universelle du Soutra du Lotus

Quand le bodhisattva nommé ‘Esprit infatigable’ entendit le nom Avalokiteshvara, il interrogea le Bouddha, “Pourquoi ce bodhisattva a-t-il obtenu un si beau nom?” Le Bouddha a répondu, “Parce que les actions d’Avalokiteshvara peuvent répondre aux besoins de tout être en toute circonstance.” Aksayomati poursuivit son questionnement : “Comment le bodhisattva Avalokiteshvara apprécie-t-il d’être sur cette Terre? Comment aime-t-il marcher, contempler et parcourir cette planète?” Le terme utilisé dans cette question est un verbe qui signifie que vous parvenez à vous détendre et à vous amuser. Répondant à cette question, le Bouddha expliqua ce à quoi Avalokiteshvara consacre son temps sur cette planète.

Nous avons tous un certain temps à passer sur cette planète et la question est de savoir si nous en profitons ou non. Que faisons-nous ? Profitons-nous vraiment de notre séjour sur cette planète ? Portons-nous beaucoup de bagages, nous donnant la sensation d’être trop lourd pour profiter de notre temps ici ?

Avalokiteshvara est une manifestation et toute manifestation doit être située dans le temps et l’espace dans la dimension historique. Le Bouddha Shakyamuni s’est manifesté comme un prince, un pratiquant, un moine et un enseignant. Sa manifestation a duré quatre-vingts ans. Nous sommes aussi des manifestations. Nous nous manifestons dans la dimension historique ; il y a des choses que nous voulons faire et nous voulons profiter de ce que nous faisons.

L’Inter-être dans les dimensions historique et ultime 

Toute chose présente une dimension historique et une dimension ultime. Dans la dimension ultime, nous sommes en contact avec l’essence, la substance, les fondements d’une personne ou d’une chose. Dans la dimension historique, nous entrons en contact avec l’apparence ou la forme d’une personne ou d’une chose. Si nous parlons d’une cloche, la substance qui la compose est du métal. La forme de la cloche est une manifestation de ce fondement. Dans la dimension historique, nous pouvons donc voir la dimension ultime. Nous portons aussi avec nous notre fondement d’être. C’est comme une vague qui se manifeste à la surface de l’océan. La vague est aussi eau et, si nous touchons profondément la dimension historique de cette vague, nous pouvons toucher l’eau elle aussi, sa dimension ultime.

Hier, une personne a posé une question au sujet de Dieu. Notre ami a demandé, “Je pensais qu’il n’y avait pas de Dieu dans le bouddhisme. Alors pourquoi Thay parle-t-il du Royaume de Dieu ?” Il est vrai que dans le bouddhisme nous ne parlons pas de Dieu mais nous parlons du nirvana, la dimension ultime. Si Dieu signifie la dimension ultime, le fondement de toutes les manifestations, Dieu est présent dans le bouddhisme. Le fondement de notre être est la nature de la ‘non-naissance’ et de la ‘non-mort’, de la ‘non-venue’ et de la ‘non-départ’. Nous le désignons sous le terme ‘nirvana’, l’ultime. Si vous comprenez que Dieu est l’ultime, le fondement de chaque manifestation, alors nous pouvons parler de Dieu. Si nous concevons Dieu comme un vieil homme à la longue barbe assis dans les nuages et décidant de tout pour nous, nous ne parlons pas de ce même Dieu.

La dimension de l’Action 

à quoi nous sert la cloche ? La cloche nous offre le son afin que nous pratiquions. C’est la fonction de la cloche. C’est ce que nous appelons la dimension de l’action. Nous avons toutes et tous cette troisième dimension. Même s’il est vrai que nous portons en nous notre véritable nature, nous aimons aussi nous manifester à travers nos activités professionnelles et autres occupations. Le Bouddha Shakyamuni voulait effectuer quelque chose et c’est pourquoi il s’est manifesté. La cloche veut faire quelque chose et c’est la raison pour laquelle elle s’est manifestée en tant que cloche. Il y a quelque chose que nous souhaitons faire dans notre manifestation actuelle. La dimension de l’action est directement reliée à la dimension historique, et la dimension historique est largement en lien avec la dimension ultime.

Notre corps dans la dimension historique peut avoir un début et une fin, mais notre corps dans la dimension ultime est indestructible. C’est notre corps du Dharma. Notre corps dans la dimension historique est le corps de rétribution. La forme et la manifestation de notre corps physique sont le résultat ou la rétribution de la vie de nos ancêtres et de notre propre façon de vivre et d’être au monde. En utilisant ce corps, nous pouvons nous entraîner à toucher notre corps du Dharma. Tout le monde a un corps de Dharma et si vous pouvez toucher votre corps de Dharma vous n’avez plus peur de la naissance et de la mort. Dès que la vague réalise qu’elle est eau, elle n’a plus peur d’être et de ne pas être, elle ne craint plus la naissance et la mort. Comme l’eau, elle ne craint pas de monter et descendre. Elle peut rouler librement sur les vagues de l’histoire, sans crainte. Le rôle du bodhisattva dans la dimension de l’action est d’aider les gens à toucher profondément leur dimension ultime car, dès que l’on a touché notre dimension ultime, nous perdons toute peur de naissance et de mort. Nous comprenons que cette manifestation n’est qu’une continuation. Avant cette manifestation, nous étions déjà présent.e dans nos ancêtres et, à la désintégration de cette manifestation, nous continuerons à travers nos descendants et toutes les formes de vie.

La Porte Universelle 

Le chapitre 25 du Soutra du Lotus s’intitule “Le Chapitre de la Porte Universelle” ; il aborde la dimension de l’action du bodhisattva Avalokiteshvara. La Porte Universelle se réfère à la pratique qui est à même de répondre à toutes les situations de souffrance en tout lieu et en tout temps. Ce chapitre traite de l’amour ; Avalokiteshvara est le bodhisattva de l’amour et de la compassion.

Statue en bois représentant Avalokiteshvara en Chine

Avalokiteshvara se traduit par ‘Quan Tu Tai’ ou ‘Quan The Am’ en vietnamien. Quan signifie observer, regarder profondément ou reconnaître. En sanskrit ce mot est le même que vipasyana, qui signifie ‘regarder profondément’. Vipasyana va de pair avec samatha (s’arrêter et se concentrer). Il s’agit de sélectionner un sujet, s’arrêter et se concentrer sur ce sujet, en l’examinant en profondeur. Il peut s’agir de notre colère, notre désespoir ou une situation difficile que nous vivons. Tu Tai signifie liberté. Grâce à la vision profonde, nous pouvons atteindre la liberté dont nous avons besoin. Dans le Soutra du Cœur, le bodhisattva Avalokiteshvara a découvert que tout est vide d’une existence séparée. Après cette prise de conscience, il s’est libéré de toutes les afflictions. ‘The Am’ signifie les sons du monde. ‘Quan The Am’ est celui qui regarde profondément dans les sons du monde.

Les êtres vivants s’expriment de différentes manières. Qu’ils s’expriment bien ou non, le bodhisattva Avalokiteshvara peut toujours les comprendre. Si un enfant n’a pas assez de mots pour s’exprimer, le bodhisattva reste toujours capable de comprendre l’enfant. Que la personne s’exprime en langage parlé ou corporel, le bodhisattva comprend.

Avalokiteshvara a le pouvoir de se manifester sous de très nombreuses formes, et elle est capable d’être présente partout en même temps. Si vous vous rendez dans un temple, que ce soit au Vietnam, au Tibet ou en Chine, vous aurez peut-être l’occasion de voir une statue d’un bodhisattva aux 1000 bras. Chaque bras tient un instrument. L’une de ses mains tient un livre ; il peut s’agir d’un soutra ou d’un ouvrage consacré aux sciences politiques. Une autre main tient une cloche. Une autre encore tient une flûte ou une guitare. La main d’un bodhisattva de notre temps pourrait tenir un ordinateur. Dans sa version anglaise, le livre de Chants et Récitations du Village des Pruniers propose une traduction des versets de ce chapitre par Sœur Vraie Vertu (Soeur Chan Duc – Annabel). Dans cette traduction, le pronom du bodhisattva est ‘elle’. Et en Asie, beaucoup de gens pensent à Avalokiteshvara comme ‘elle’. En réalité, comme l’explique le Soutra, il pourrait tout aussi bien s’agir de ‘il’. Le bodhisattva peut se manifester en tant qu’artiste, politicien.ne, musicien.ne, enseignant.e du Dharma, jardinier.e, petit garçon, petite fille, ou même comme millionnaire ou responsable de grande entreprise. Si la situation nécessite sa présence, le bodhisattva se manifestera sous la forme appropriée pour réagir à la situation. La compassion peut prendre de nombreuses formes.

Cultiver la compassion

“Quiconque entend son nom ou voit son image
Avec un esprit parfaitement recueilli et pur,
Vaincra toute souffrance en tous les mondes.
Quiconque jeté dans un gigantesque enfer de feu
Par quelqu’un aux intentions cruelles,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et l’enfer de feu se transformera en un étang de lotus.”1

Appeler le nom d’Avalokiteshvara peut donner naissance à quelque chose dans votre esprit. Votre esprit devient concentré, conscient, calme et lucide. Si vous l’appelez par son nom de telle manière que votre esprit s’apaise, vous serez alors en mesure de surmonter votre souffrance. Évoquer le nom d’Avalokiteshvara est l’une des façons de permettre à la compréhension et à la compassion de naître en nos cœurs. Lorsque quelque chose ou quelqu’un peut vous offrir de la fraîcheur, de la joie et de la bonté aimante, l’image de cette personne devient l’objet de votre contemplation. Chaque fois que vous pensez à elle ou à lui, soudainement les éléments de compassion et de compréhension naissent dans votre cœur et vous pouvez surmonter la souffrance que vous éprouvez à ce moment.

Un lieu peut aussi incarner la compassion et la compréhension. Supposons que vous veniez au Village des Pruniers et que vous y savouriez la beauté de la nature et le style de vie. Lorsque vous partirez, le simple souvenir du Village des Pruniers vous procurera une sensation agréable. C’est le sens de la pleine conscience ou de la contemplation. L’objet de la pleine conscience est l’image ou le son qui peut nous inspirer et produire l’élément de compréhension et de compassion en nous. Il ne s’agit pas seulement de dévotion. Nous ne devons pas invoquer le nom d’Avalokiteshvara ou visualiser la forme comme une machine ; cela n’induira ni calme ni pleine conscience. Évoquer l’énergie d’Avalokiteshvara est la pratique qui consiste à calmer et concentrer notre esprit pour ramener le nectar de la compassion et de la compréhension en nous. Cette pratique peut nous aider à éviter toutes sortes de dangers.

Avalokiteshvara peut aussi se manifester sous de nombreux noms. Le message de Jésus est amour. Jésus a dit : “Je suis la Voie.” Avalokiteshvara pourrait dire : “Je suis la Porte Universelle.” Nous avons tous notre Avalokiteshvara, sous différents noms et formes. Ce qui est essentiel, c’est que ce nom puisse nous aider à nous calmer et à rendre possible la compréhension et la compassion.

Saint François et le Bouddha Maitreya sur l’Autel des Ancêtres au Hameau du Haut

“Quiconque jeté dans un gigantesque enfer de feu
Par quelqu’un aux intentions cruelles,
Qu’il invoque l’énergie d’Avalokita,
Et l’enfer de feu se transformera en un étang de lotus.”


Comment comprendre cette affirmation ? Si vous êtes poussé dans une fosse de feu et que vous savez comment être conscient et vous souvenir de la puissante énergie d’Avalokiteshvara, la fosse sera transformée en un lac frais. Le lac frais est à l’intérieur et il est également à l’extérieur.

Dans le même chapitre du Soutra du Lotus, nous lisons : “S’il y a une personne qui est victime de l’ignorance et que cette personne sait comment être consciente de la grande compassion d’Avalokiteshvara, alors elle se libérera de l’ignorance. Si une personne est victime de colère et qu’elle sait comment pratiquer la pleine conscience de la grande énergie d’Avalokiteshvara, elle sera libérée de sa colère.”
Nous devons comprendre tous ces versets dans cet esprit-là.

Il arrive parfois qu’une nation entière soit plongée dans une fosse de feu constitué de colère. Imaginons la taille que peut présenter cette fosse de feu. Si nous savons comment être conscient de la compassion, et du bodhisattva Avalokiteshvara (symbole de la compassion et de la compréhension), alors nous pourrons nous apaiser. Nous pourrons voir plus clairement et notre colère s’apaisera. Après le 11 septembre, j’ai recommandé que l’Amérique s’engage dans la pratique de l’arrêt, afin de calmer et regarder profondément pour voir que faire et que ne pas faire pour répondre à la situation avec compassion et lucidité. C’est l’action d’Avalokiteshvara.

Attirer les dangers en nous

Le chapitre de la Porte Universelle nous enseigne l’existence de nombreuses situations dangereuses telles que : se laisser prendre dans un incendie, dans des inondations, dans une guerre, dans une situation où nous souffrons beaucoup. Habituellement, nous croyons que les dangers viennent de l’extérieur. Nous ne nous rendons pas compte que la plupart des dangers dont nous avons peur viennent de nous et non d’une situation objective. Lorsque vous n’avez pas une vision claire, une bonne compréhension de la réalité, vous créez beaucoup de peur, de malentendu et de danger. Quand vous avez l’élément de colère, d’illusion et de désir en vous, vous attirez le danger en vous. Vous créez votre propre souffrance. La pratique de la compassion, la pratique de la recherche profonde vous aide à être lucide, à être aimant, et cette lucidité et cette bonté aimante sont une protection contre toutes sortes de dangers.

Il est clairement indiqué dans le soutra que si vous êtes pris dans une situation de colère et que vous savez comment produire la pleine conscience de l’amour, vous serez libéré de cette situation. Si vous êtes pris dans la situation de l’illusion et savez comment pratiquer la pleine conscience de la compassion, alors vous pouvez sortir de cette situation. C’est la porte universelle.

Le Bodhisattva ‘féroce’ et le Bodhisattva ‘doux’ 

Est-il possible de porter une arme à feu tout en restant profondément un bodhisattva ? Oui, c’est possible. Lorsque vous passez la porte d’un temple, vous voyez la statue d’un bodhisattva très doux sur votre gauche, souriant et accueillant. Mais en regardant sur votre droite, vous voyez un personnage au visage très féroce, tenant une arme. Tout son visage brûle. La fumée et le feu s’échappent de ses yeux et de sa bouche. C’est lui qui a la capacité de maintenir les fantômes affamés à leur place. Chaque fois que nous organisons une cérémonie pour offrir nourriture et boissons aux fantômes affamés, aux âmes errantes, nous devons évoquer le bodhisattva au visage brûlant (Dien Nhien Vuong) afin qu’il puisse aider. Si les fantômes affamés l’écoutent, c’est uniquement parce qu’il a ce regard féroce qui dit “Comportez-vous comme il faut, sinon vous verrez ce qui vous attend !”. C’est un peu le bodhisattva ‘chef de police’ ; et c’est une des manifestations d’Avalokiteshvara. Ainsi, quand nous voyons quelqu’un porter une arme, nous ne pouvons pas nécessairement dire qu’il est mauvais. La société a besoin que certaines personnes portent des armes à feu parce qu’il y a des gangsters, des gens qui ne se comporteraient pas correctement s’il n’y avait personne qui incarne une discipline stricte. Il est possible que quelqu’un portant un pistolet puisse être un vrai bodhisattva parce que le bodhisattva au visage brûlant est un véritable bodhisattva, une manifestation d’Avalokiteshvara. Il est possible que le directeur d’une prison ou un gardien de prison soit un bodhisattva. Il peut être très ferme avec les prisonniers mais, au fond de lui se loge le cœur d’un bodhisattva. Notre travail est d’aider les gardiens de prison et les policiers à avoir un cœur bodhisattva.

Il y a aujourd’hui une policière parmi nous ; elle a reçu la transmission des cinq entraînements à la pleine conscience en 1991. Elle connaît bien la souffrance des membres de la police en Amérique. Vous êtes censés être une force de maintien de la paix, mais on vous considère parfois comme des oppresseurs, comme un symbole de violence. Il y a de la violence, il y a de la répression dans la société et vous avez été nommés pour maintenir la paix. Il est très difficile de faire votre travail si vous n’avez pas assez de moyens habiles. Si vous n’avez pas assez de compréhension et de compassion, il y a un risque que grandissent en vous beaucoup de colère, de frustration et de désespoir. Vous allez même peut-être devenir l’oppresseur. La porte de votre cœur s’est fermée. Personne ne vous comprend ; on vous considère comme un ennemi. Il n’y a pas de communication entre vous et le monde extérieur que vous êtes censé servir. La souffrance de la police peut donc être immense, la souffrance des gardiens de prison peut être immense. Ils n’aiment pas leur travail et pourtant ils doivent continuer. Avalokiteshvara doit apparaître parmi eux et essayer d’ouvrir leurs cœurs. Avalokiteshvara dit que vous pouvez porter une arme, vous pouvez être très ferme, mais en même temps vous pouvez être très compatissant.

Ciel au Hameau Nouveau

Si vous jouez le rôle d’un bodhisattva ‘tendre’, vous devez avoir en vous une réelle compassion et compréhension. Habituellement, celle que l’on appelle ‘la Première Dame’ (l’épouse du premier ministre, l’épouse du président ou la Reine), devrait jouer le rôle du bodhisattva tendre, la figure d’une mère, une sœur douce qui prend soin des malades et des pauvres. Alors que son mari accomplit différentes choses comme diriger l’armée ou mener la guerre, la Première Dame joue le rôle d’un bodhisattva tendre. Mais si elle est un vrai bodhisattva, son action ne sera pas seulement une décoration, elle manifestera une véritable compassion et une réelle compréhension.

Si vous devez jouer le rôle du bodhisattva féroce et au visage brûlant, même si vous portez une arme et démontrez votre fermeté, vous devez avoir un cœur tendre et une compréhension profonde. Si vous vous limitez à rechercher Avalokiteshvara dans une belle apparence, vous passerez à côté, car elle peut se manifester sous toutes sortes de formes. Elle peut se manifester dans toutes sortes de corps : enfant, adulte, juge, mère, roi, instituteur, homme d’affaires, homme politique, scientifique, journaliste ou enseignant du Dharma. Vous devez donc regarder profondément afin de reconnaître Avalokiteshvara.

L’oeil de compréhension 

Les dix mille bras du bodhisattva sont nécessaires car l’amour peut s’exprimer sous de nombreuses formes et avec de nombreux types d’instruments. C’est pourquoi chaque bras tient un instrument différent. Mais si vous regardez de plus près, vous voyez qu’il y a un œil dans chaque main. L’œil signifie la présence de la compréhension. Bien souvent, nous faisons souffrir la personne que nous aimons parce que notre amour n’est pas fait de compréhension. L’autre personne peut être votre fils, votre fille ou votre partenaire. Si vous ne comprenez pas la souffrance, la difficulté, l’aspiration profonde de cette personne, il vous est impossible de l’aimer. C’est pourquoi vous avez besoin d’un œil pour votre bras afin d’être vraiment être un instrument de compassion. Il est important de vérifier si votre amour a suffisamment de compréhension et de compassion. Vous pouvez demander de l’aide. “Chérie, crois-tu que je te comprends suffisamment ? Est-ce que je te fais souffrir à cause de mon amour ?” Un père devrait pouvoir interroger ainsi son fils, une mère devrait pouvoir poser cette question à sa fille. “Ma fille, est-ce que je te fais souffrir à cause de mon manque de compréhension ? Dis-le-moi pour que je puisse t’aimer correctement.” C’est le langage de l’amour. Si vous êtes sincère, votre fille vous parlera de sa souffrance et une fois que vous aurez compris, vous cesserez de faire des choses qui, selon vous, la rendraient heureuse, mais qui peuvent la faire vraiment souffrir. La compréhension est la substance avec laquelle vous pouvez fabriquer l’amour.

Les corps de transformation d’Avalokiteshvara 

Plusieurs d’entre nous agissent comme des bodhisattvas aux multiples bras. Nous prenons soin des membres de notre famille et nous participons également au travail de protection de l’environnement et d’aide aux enfants affamés dans le monde. Nous pensons que nous n’avons que deux bras mais beaucoup d’entre nous sont présents un peu partout dans le monde ; nous pouvons être en même temps ici et dans une prison. Nous pouvons être à la fois ici et dans un pays lointain où les enfants souffrent de malnutrition. Nous n’avons pas besoin d’être présent avec ce corps parce que nous avons d’autres corps de transformation un peu partout. Et c’est pourquoi il est très important que vous reconnaissiez vos corps de transformation. Quand j’écris un livre, je veux me transformer en des milliers de moi pour aller un peu partout. Chacun de mes livres devient un de mes corps de transformation. Je peux me rendre dans un cloître sous la forme d’un livre ; je peux aller dans une prison sous la forme d’une cassette. Chacun de nous a de nombreux corps de transformation. C’est ce que fait le bodhisattva Avalokiteshvara. Elle peut se manifester dans de très nombreux corps. Être un bodhisattva n’est pas quelque chose d’abstrait ; c’est quelque chose de concret que vous pouvez faire.

Soeur Chan Khong offrant une orange à un jeune novice en Chine (2001)

Quand j’étais jeune, j’ai lu un livre écrit par un touriste français qui se rendait en Afrique et aimait chasser les tigres de la jungle. Il ne croyait pas en Dieu. Un jour, tard dans l’après-midi, il s’est perdu dans la jungle. Ne sachant comment en sortir il se mit à paniquer. Il voulait prier pour obtenir de l’aide mais, ne croyant pas en Dieu, il n’avait jamais prié auparavant. Dans sa panique, il dit : “Dieu, si tu existes vraiment, alors c’est le moment de venir me sauver!” Il y avait une certaine arrogance dans sa façon de prier. Mais juste après avoir dit cela, il entendit un bruit dans la brousse et vit apparaître un gentleman africain ne portant rien d’autre qu’un pagne ; grâce à cette personne, le Français fut sauvé. Plus tard dans son livre, il écrivit une phrase ironique qui montrait qu’il n’était pas très reconnaissant. “J’ai appelé Dieu, mais seul un Negro est venu.” Il n’était pas capable de reconnaître Dieu en la personne d’un natif africain. Il ne savait pas que le “Nègre” qui venait à lui était Dieu, que c’était Avalokiteshvara, le bodhisattva de la compassion. Il faut être très éveillé pour reconnaître le beau bodhisattva sous une forme inconnue.

Le Bodhisattva Avalokiteshvara est peut-être très proche de vous. Peut-être pourriez-vous le reconnaître dans l’ici et maintenant alors que vous le recherchez dans les nuages. La compassion existe, la compréhension existe. Il nous est possible de cultiver l’énergie de la compassion et de la compréhension afin que le bodhisattva puisse être constamment avec nous dans notre vie quotidienne. Alors nous serons bien protégés.

Quatre moyens habiles pour embrasser les êtres vivants

Comment le bodhisattva agit-il pour aider les êtres vivants à surmonter leurs souffrances et à accomplir leur dimension ultime ? Nous parlons de quatre moyens habiles utilisés par le bodhisattva, dans la dimension de l’action, pour embrasser les êtres vivants. Il s’agit de : (1) faire des offrandes, (2) utiliser un discours aimant, (3) faire des choses au profit de l’autre personne, et (4) “faire la même chose” ou devenir un avec les gens que vous voulez aider.

Offrir le don de la Non-Peur 

Le Bouddhisme nous parle de trois sortes de dons : les dons matériels, le don du Dharma et le don de la non-peur. Lorsque vous offrez des choses aux gens, vous pratiquez la compassion et vous ouvrez également la voie à la réconciliation et à la guérison. Offrir à l’autre de la belle musique peut l’aider à se détendre tout en écoutant. Lui donner un livre sur le Dharma peut l’aider à faire face à ses difficultés. Le Bouddha a dit que lorsque vous êtes en colère contre quelqu’un et que vous êtes capable de lui donner quelque chose, alors votre colère va s’éteindre.

Le cadeau le plus précieux qu’Avalokiteshvara puisse nous offrir est le cadeau de la non-peur. Les gens craignent de perdre leur identité, de mourir, de devenir rien. Lorsque vous offrez un enseignement, une pratique et une compréhension qui aide les gens à toucher leur dimension ultime, ils perdent toute peur. Mais vous avez besoin d’avoir ce don de non-peur en vous pour pouvoir l’offrir aux autres.

Enfant, peut-être avez-vous joué avec un kaléidoscope, un jouet très simple et merveilleux. J’en ai quelques-uns dans ma cabane. Il y a des morceaux de matériaux colorés et deux miroirs à une extrémité qui laissent voir de nombreux motifs différents. Chaque motif est une belle manifestation. Si vous la tournez un peu, cette manifestation sera remplacée par une autre manifestation. Chaque manifestation est belle. En tant qu’enfant, vous n’êtes pas triste qu’une manifestation remplace une autre. Les manifestations aussi, même extrêmement belles, ne se sentent pas tristes quand elles cèdent leur place à la manifestation suivante. L’enfant apprécie simplement les changements sans aucun regret car la prochaine manifestation sera aussi belle que la précédente. Il n’y a pas de peur, pas de regret car toutes les manifestations ont le même fond, les petits bouts de couleurs dans le kaléidoscope. Le socle de toutes les manifestations est toujours là. Si vous pouvez toucher ce fondement, les changements ne vous dérangent pas. Vous n’êtes pas piégé par ce corps, vous savez que ce n’est qu’une manifestation. Vous êtes prêt à vous manifester sous une autre forme aussi merveilleuse que celle-ci.

“Karuna, compassion, est comme la foudre. La compassion n’est pas quelque chose de doux, c’est puissant comme l’éclair. Maitri, bonté aimante, s’apparente à un magnifique et grand nuage à même de faire en sorte que la pluie du Dharma tombe comme du nectar, éteignant le feu des afflictions. La rencontre de la foudre et du nuage engendre la pluie du Dharma dont la compassion peut éteindre toutes sortes d’afflictions”.

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Ce texte provient de différents enseignements donnés par Thich Nhat Hanh au Village des Pruniers (les 9, 14 et 15 juin 2002) lors de la retraite des 21 jours dont le thème était ‘la main du Bouddha’.
Transcrit et édité dans la revue ‘The Mindfulness Bell’ par Barbara Casey et Soeur ‘Stabilité’.

Thich Nhat Hanh

Thích Nhất Hạnh maître spirituel, poète, et militant pour la paix, reconnu dans le monde entier pour pour ses enseignements pionniers en matière de pleine conscience, éthique mondiale et paix.

  1. Soutra du Lotus, Chapitre sur la Porte Universelle ; sauf mention contraire, toutes les citations proviennent de ce Soutra. ↩︎

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What is Mindfulness

Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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