Bouddhisme engagé , Témoignage / Nouvelles recherches sur le pouvoir de transformation des enseignements de Thich Nhat Hanh

La méditation ne consiste pas à fuir la société, mais à revenir à soi-même et à observer ce qui se passe. Une fois que l’on observe, il faut agir. Grâce à la pleine conscience, nous savons ce qu’il convient de faire et ne pas faire si nous voulons aider. 

— Thich Nhat Hanh

Le contenu de cet article se fonde sur l’ouvrage et le cours ‘Le Zen et l’Art de Sauver la Planète’ dont un nouveau module démarre le 18 octobre : ZASP (en anglais avec module en français d’ici une bonne année). 

Se reconnecter à la Terre Mère au milieu des séquoias

Dans un monde confronté à des crises multiples et interdépendantes, la vision de Thich Nhat Hanh nous lance un appel fort : relier la conscience intérieure à l’action responsable. Que se passe-t-il lorsque nous faisons preuve d’une plus grande pleine conscience dans la manière dont nous comprenons les défis qui nous entourent et y répondons ? Et en quoi le fait de cultiver nos ressources intérieures pourrait-il nous aider à naviguer dans la complexité du monde actuel et contribuer à une transformation sociale plus large ?

Ces questions font l’objet d’une nouvelle étude évaluée par des pairs et menée par la professeure Christine Wamsler. L’étude se fonde sur le retour d’expérience de personnes initiées aux enseignements de Thich Nhat Hanh via le cours en ligne ‘Zen and the Art of Saving the Planet‘ (ZASP; cours en ligne inspiré de son ouvrage Zen et l’Art de Sauver la Planète). Intitulée ‘The Seeds We Sow: From Polycrisis and -Isms to Interbeing and Societal Transformation1‘ , les conclusions de C. Wamslet ont récemment été publiées dans le Journal of Awareness-Based Systems Change, Revue dédiée aux changements systémiques fondés sur la prise de conscience (accessible ici).

Cet article met en lumière le rôle essentiel des enseignements de Thay dans le renforcement de la résilience des participant.e.s, la promotion d’un engagement durable et le soutien à la transformation sociétale, en s’attaquant aux causes profondes de la polycrise actuelle. Les résultats sont frappants : environ 60 % des participant.e.s ont fait état d’une diminution de leur anxiété climatique et d’une résilience accrue, tandis que 76 % ont signalé un renforcement de leur sentiment d’appartenance, de leur espoir, de leur autonomie et de leur capacité à composer avec la situation. De plus, environ 85 % de ces personnes ont décrit des transformations significatives en matière de conscience de soi, de recherche de sens, d’espoir, d’autonomie et d’engagement.

À une époque où les sociétés sont soumises à des pressions de plus en plus fortes, ces conclusions constituent un repère important pour comprendre comment les enseignements et les pratiques du Village des Pruniers peuvent contribuer à un plus large changement sociétal.

Comment donner sens au monde d’aujourd’hui ?

Ces résultats mettent en évidence des changements importants dans la manière dont les personnes ayant suivi la formation ZASP se perçoivent elles-mêmes et appréhendent le monde qui les entoure. Les recherches de la professeure Wamsler permettent d’identifier cinq changements majeurs dans la manière dont les participant.e.s donnent du sens à leur expérience :

  • Repenser l’identité à travers l’interconnexion et l’inter-être
  • Évoluer vers des valeurs et des visions du monde relationnelles
  • Accepter la souffrance comme source de transformation
  • Repenser notre conception du temps, de la mortalité et de la continuité
  • Intégrer contradiction et complexité

Les personnes interrogées ont notamment déclaré avoir le sentiment d’être plus qu’un simple “moi” individuel et ont décrit un sentiment accru d’unité avec elles-mêmes, avec la Terre et avec tous les êtres. Plusieurs d’entre elles ont utilisé des expressions telles que ‘être la nature’ ou ‘plus qu’humain’, et ont fait état d’expériences intenses de ‘retour à leur corps’.

Ces observations confirment ce que beaucoup d’entre nous ont déjà constaté : une pratique assidue nous permet de découvrir de nouvelles façons d’entrer en contact avec notre monde intérieur et de donner un sens à nos expériences, ce qui influence naturellement notre manière de répondre au monde qui nous entoure. La manière dont nous donnons du sens à nos expériences façonne notre vision du monde et, en fin de compte, notre façon d’agir au sein de celui-ci.

Les contributeurs de la communauté ZASP, issus d’une promotion récente du cours en ligne « Zen and the Art of Saving the Planet ».

Pourquoi cette recherche est-elle si importante pour le Village des Pruniers ?

Nous avons demandé à frère Phap Linh de nous faire part de ses réflexions quant à la signification de ces résultats pour le Village des Pruniers et sa vision plus large de la transformation intérieure et sociétale. Voici ce qu’il nous a confié : « Je n’ai cessé de sauter de joie et de m’extasier sur cet article depuis que je l’ai lu pour la première fois, et j’ai également conseillé à toutes mes connaissances d’aller le consulter. »

Pour moi, c’est la première fois que je vois notre théorie du changement être véritablement comprise par la communauté scientifique ; et non seulement comprise, mais aussi présentée d’une manière qui la rendra accessible à un large public.

Pour frère Phap Linh, ce qui rend cette recherche particulièrement importante, c’est qu’elle met en lumière un aspect qui a souvent été difficile à exprimer en termes scientifiques : « À ma connaissance, c’est la première fois qu’un scientifique comprend réellement comment fonctionne notre ‘technologie spirituelle’. Je tiens à remercier Christine pour ce cadeau, pour sa compréhension et sa description précise de ce que nous ‘entreprenons’ ; car jusqu’à présent, cela a été extrêmement rare. »

Il souligne en quoi ces résultats élargissent la manière dont les chercheurs peuvent appréhender l’impact et la méthodologie du Village des Pruniers : « Au sein de la communauté scientifique au sens large, les retraites du Village des Pruniers ont encore tendance à être présentées comme des ‘interventions de pleine conscience’. Ce cadrage pose problème car il masque deux hypothèses clés. Tout d’abord, que la pleine conscience est déjà connue et comprise, par exemple : ‘la pleine conscience est une fonction cérébrale spécialisée susceptible de favoriser l’autorégulation émotionnelle, la résilience et la gestion du stress’. Ensuite, que la pleine conscience est présumée être le ‘principe actif’ de tout effet observé. Ce qui distingue véritablement l’article de Christine, c’est qu’il met en avant un changement de vision du monde, passant d’une vision matérialiste-individualiste à une vision relationnelle. En d’autres termes, l’apprentissage et la mise en pratique de la notion d’inter-être, en tant qu’élément clé de la transformation et de la guérison que nous observons sans cesse lors de nos retraites. »

Frère Phap Linh offrant un enseignement du Dharma lors de la retraite des familles au Village des Pruniers, l’été 2025.

Quel rôle joue le changement intérieur dans la transformation plus large du système ? Et quel impact cette recherche pourrait-elle avoir ?

Comme le souligne la professeure Christine Wamsler :

Le changement intérieur et le changement extérieur ne constituent pas des étapes distinctes, où l’une découlerait de l’autre. Ils sont profondément liés et se façonnent mutuellement. Au cœur de cette perspective se trouve une idée forte (et dérangeante) selon laquelle la polycrise actuelle peut être comprise comme le reflet d’une crise humaine plus profonde, caractérisée par une rupture avec nous-mêmes, avec les autres, avec la nature et avec le sacré.

« Cette séparation ne relève pas simplement de connaissances ou choix individuels. Elle est ancrée dans les institutions, les cultures et les conditions sociales au sein desquelles se développent notre esprit et nos modes de relation. C’est pourquoi se contenter de fournir aux gens davantage d’informations sur nos crises n’a jamais suffi, et ne suffira jamais. La transformation exige non seulement de nouvelles connaissances cognitives, mais aussi de nouvelles formes d’apprentissage social, émotionnel, relationnel et corporel, par le biais de l’expérimentation, de la réflexion et de la pratique contemplative. »

« Collaborer avec l’équipe ZASP dans le cadre de cette recherche a été pour moi une expérience très enrichissante. Je suis profondément reconnaissante envers chaque membre de l’équipe pour son ouverture d’esprit et son soutien, qui ont permis de mener à bien cette étude. »

Ces travaux de recherche ont également donné lieu à de nouveaux dialogues et débats fructueux au sein de la communauté plus large des chercheurs et des personnes œuvrant dans le domaine émergent de la transformation intérieure au service du développement durable (voici un article à ce sujet, en anglais).

Cette étude apporte ainsi non seulement de nouveaux éclairages empiriques sur les enseignements de Thay, mais contribue également à enrichir un corpus de connaissances en pleine expansion et à favoriser une évolution plus large des mentalités, visant à reconnaître que la transformation intérieure et la transformation extérieure constituent des dimensions étroitement liées dans le domaine de l’action en faveur du climat et du développement durable.

L’équipe ZASP anglophone et la famille de la promotion ‘Aube’ du cours en ligne ‘Zen et l’art de sauver la planète’

Quelques ressources


La prochaine session ZASP aura lieu du 18 octobre au 6 décembre. Détails et inscriptions ici (bonne nouvelle : un module en français est en préparation et devrait être disponible d’ici une bonne année ; excellente nouvelle pour nous francophones)

  1. Les graines que nous semons : de la polycrise et des ‘-ismes’ à l’inter-être et à la transformation sociétale ↩︎

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What is Mindfulness

Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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