Entends-tu la Terre Mère ?

Cette semaine, alors que nous avons la joie de voir le printemps se manifester, nous vous proposons un message profond que notre chère Soeur Chan Khong avait communiqué en 2016 et qui est résolument d’actualité.

UN APPEL À L’AIDE DÉSESPÉRÉ

DE LA PART DE NOTRE MÈRE LA TERRE

Chers citoyennes et citoyens de la Terre,

Il y a quarante-six ans (56 ans désormais), en 1970, j’étais une jeune biologiste participant à une réunion inédite entre le maître zen Thich Nhat Hanh et six scientifiques de premier ordre à Menton, dans le sud de la France.

Cette rencontre avait pour objectif d’examiner les dommages causés à la Terre par l’utilisation abusive des technologies par l’homme, la diffusion de substances toxiques dans les chaînes alimentaires et l’exploitation croissante des ressources naturelles. Ensemble, notre petit groupe de sept scientifiques rédigea en 1970 la déclaration de Menton, qui fut publiée dans Le Monde et le New York Times en 1971 et signée par plus de 2.000 scientifiques de 25 pays.

menton statement cover
La Déclaration de Menton, 1971

Il s’agissait là de l’une des toutes premières déclarations internationales de scientifiques se préoccupant de la destruction de l’environnement et de la nécessité urgente de protéger notre Terre.

Notre groupe a également fondé une ONG pionnière, que nous appelâmes ‘Đại Đồng Thế Giới’ (Le monde de la grande solidarité). Nous avons rencontré le secrétaire général des Nations Unies et joué un rôle clé dans la préparation du terrain pour la Conférence des Nations Unies sur l’environnement à Stockholm, la première du genre, qui s’est tenue un an plus tard, en juin 1972. Avant les pourparlers, nous avions organisé une conférence de la société civile et publié une “Déclaration indépendante sur l’environnement” afin de soutenir les bonnes intentions des Nations Unies et d’empêcher que les pourparlers ne soient bloqués ou mis de côté par les gouvernements puissants.

C’est à la suite de la Conférence de Stockholm que l’ONU a créé le Programme des Nations Unies pour l’environnement et que les gouvernements nationaux ont commencé à créer les ministères de l’environnement.

Thich Nhat Hanh, Walking Meditation with Children #2. New Hamlet

Dès lors, notre maître zen Thich Nhat Hanh n’a cessé d’enseigner, appelant à la protection de la Terre et soulignant l’importance d’adopter une ‘éthique mondiale’ pour préserver notre planète.

Il a transmis les 5 entraînements à la pleine conscience à plus de 100 000 hommes et femmes, et plus de 4 000 ont reçu les 14 entraînements à la pleine conscience. Chaque personne fait le vœu de contribuer à la construction d’une petite communauté bien-aimée (‘sangha’) près de chez elle, et de vivre avec compassion afin de protéger toutes les espèces sur Terre, à l’image des milliers de bras du bodhisattva Avalokiteshvara.

Interrogé sur ce qu’il conviendrait de faire pour sauver notre monde, le maître zen Thich Nhat Hanh répondit : Ce que nous devons faire avant tout, c’est écouter en nous le cri de la Terre.

Quarante-quatre ans (55 à présent) après la Conférence des Nations Unies à Stockholm, l’état de la Terre continue de se dégrader, et aujourd’hui, elle a désespérément besoin de notre engagement et de notre compassion. Depuis des milliards d’années, différentes formes de vie ont évolué ensemble et se sont nourries mutuellement sur Terre dans un équilibre harmonieux.

Mais aujourd’hui, l’humanité détruit cet équilibre, et la Terre Mère crie de douleur. Entendez-vous que votre mère est en train de mourir ?

Entendez-vous le cri de la Terre Mère :

Réveillez-vous, mes enfants, et regardez ce que vous faites. Vos bombes atomiques ont détruit des milliards de vies précieuses, même les formes de vie les plus fragiles et les micro-organismes, à travers de vastes étendues de désert silencieux et d’océan à perte de vue. Vous avez abattu et incendié mes forêts, et déversé des toxines dans mon atmosphère et mes eaux. Vous avez entaillé mes montagnes et ma terre précieuse à la recherche de combustibles fossiles, d’or et de bauxite.

Vos centrales nucléaires, vos usines chimiques et sidérurgiques ont rejeté des déchets radioactifs dans mes eaux et empoisonné ma terre. Mon corps, qui empeste et se tord de douleur, a provoqué des tempêtes et des tornades, des inondations et des ouragans. Je suis une terre vivante, et mes tremblements de terre et volcans expriment ma force vitale et ma douleur.

Aujourd’hui, je suffoque dans les eaux profondes au large des côtes du Vietnam. Des milliards de poissons, dauphins, requins, crevettes, crabes et espèces rares et exotiques provenant des profondeurs de l’océan ont été rejetés sur le rivage, morts et sans vie, sur 225 kilomètres de côtes au Vietnam, depuis Ha Tinh jusqu’à Quang Binh, en passant par les côtes de Thua Thien et Da Nang Quang Nam.

vietnam dead fish

Quels terribles poisons avez-vous déversés dans mes eaux ? Il n’y a qu’un seul grand océan, et le poison dans un océan est le poison dans tout mon corps. La mer de Chine méridionale fait également partie de l’océan Pacifique, de l’océan Atlantique et de l’océan Indien.

Mes chers enfants, écoutez-moi ! Ces magnifiques poissons sont aussi vos frères et sœurs, ils implorent également votre aide. Si les espèces vivantes des océans disparaissent, combien de temps survivrez-vous ? Rappelez-vous, mes bien-aimés, que vous ne pourrez emporter ni acier, ni or, ni bauxite avec vous lorsque vous mourrez.

Notre mère la Terre crie son désespoir depuis si longtemps. Elle n’a jamais cessé de nous donner tout ce dont nous avions besoin : nourriture, eau et abri, nous permettant de prospérer dans son abondance, sans jamais rien demander en retour. Mais aujourd’hui, elle nous demande notre soutien, notre amour, notre action. Nous avons laissé notre aliénation et notre cupidité dominer nos vies, au détriment et au profit de l’exploitation de notre mère.

Beaucoup d’entre nous ont oublié que nous ne faisons qu’un.e avec la Terre. La Terre n’est pas une entité distincte de nous. Nous faisons partie de la Terre, et la Terre fait partie de nous. La Terre n’est pas une ressource que nous pouvons exploiter à notre guise. La Terre, c’est nous ; nous sommes intimement lié.e.s à la Terre, tout comme nous sommes lié.e.s à toutes les autres espèces qui vivent sur Terre. Nos ancêtres spirituels nous ont enseigné la loi de la coproduction interdépendante : ‘ceci existe parce que cela existe’. Nous sommes ici parce que la Terre est ici. Toutes les espèces sont nos frères et sœurs ; nous sommes toutes et tous les enfants de la Terre.

Lorsque nous prendrons conscience de notre profonde interdépendance avec la Terre et toutes les espèces, nous saurons que faire – ou ne plus faire – pour améliorer la situation. Nous aurons alors la lucidité et la compassion nécessaires pour contribuer à changer les choses, afin qu’un avenir soit possible pour nous toutes et tous.

Oui, les êtres humains et les sociétés ont besoin de se développer et de progresser. Mais à quel prix ? Nous appelons nos dirigeants politiques à tous les niveaux de la planète, nos fonctionnaires et surtout nos chefs d’entreprise à faire une pause et à examiner attentivement notre comportement. Nos industries et nos grandes entreprises détruisent le tissu même qui rend la vie possible et belle. Nous devons prendre en compte les cris de la Terre Mère.

Chacune et chacun d’entre nous peut agir de manière concrète.

Il nous est tout à fait possible de :

  1. Reconnaître que nos choix alimentaires ont un impact considérable sur notre santé personnelle, la répartition des richesses et des ressources, ainsi que sur l’environnement mondial. Nous pouvons tendre vers un régime végétalien, comme le recommande une étude récente de l’Académie nationale des sciences, afin de réduire notre impact sur le changement climatique et la pollution mondiale. Cette démarche nous permettrait non seulement d’améliorer notre santé, mais aussi de nourrir notre compassion. Nous pouvons nous engager à réduire notre consommation de viande de 50 % ou à renoncer à la viande et aux produits laitiers 15 jours par mois.
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Réduire la consommation de viande de 50% est un véritable acte d’amour, tant pour nous-mêmes que pour la Terre

Thich Nhat Hanh

2. Reconnaître que les maux environnementaux sont intrinsèquement liés aux maux humains. Nous devrions revoir en profondeur notre mode de vie et apporter les changements nécessaires à la réduction de notre consommation et à la simplification de notre vie. L’avidité est le résultat d’une vision individualiste et matérialiste du monde. Elle est devenue omniprésente et constitue l’une des principales causes du déséquilibre sur notre planète. Quel que soit l’endroit où nous vivons, il est à la portée de chacun.e d’entre nous de soutenir les efforts visant à réduire les inégalités entre les sociétés riches de l’hémisphère nord et celles, plus pauvres, de l’hémisphère sud.

3. Reconnaître qu’il existe d’autres sources d’énergie renouvelables. Nous pouvons encourager les gouvernements à trouver des sources d’énergie durables et à abandonner progressivement le nucléaire et les combustibles fossiles. Il est possible de développer la société et l’industrie de manière innovante, sans pour autant sacrifier la Terre Mère et les nombreuses espèces terrestres et marines, ni compromettre le bien-être des générations futures. Les déchets nucléaires, qu’ils soient enfouis sous terre ou exposés à l’air libre, sont un cancer toxique pour notre planète. Nous paierons le luxe d’aujourd’hui par les maladies de demain. Chacun.e d’entre nous peut faire des efforts pour réduire sa consommation personnelle d’énergie, en termes d’électricité, d’eau, de transport et de produits que nous achetons chaque jour.

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4. Reconnaître que les industries de la viande et de l’agriculture sont une cause majeure de dégradation de l’environnement. Nous devons encourager les gouvernements à adopter des pratiques de développement durable afin de réduire au minimum les déchets et la pollution causés par la culture, la transformation et le transport de la viande et du poisson, et à s’éloigner de la production de viande et de poisson, qui ne constituent pas des sources alimentaires durables pour une population mondiale croissante.

Soeur Chân Không (Cao Ngọc Phượng)
Première sœur de l’Ordre de l’Inter-Être, au nom des 42171membres monastiques et laïcs de l’Ordre

Puissiez-vous toutes et tous profiter des magnifiques couleurs du printemps, de la brise parfumée et du soleil éclatant de l’été, des feuilles dorées et pourpres de l’automne, ainsi que de la lumière fraîche et magnifique de l’hiver. Puissiez-vous également vous souvenir que chaque être avec lequel nous partageons cette magnifique planète est également un précieux joyau. Puissiez-vous apprécier la présence de chaque personne qui vous entoure et ne pas attendre qu’il soit trop tard, avant que tout ne soit plus qu’un rêve.

  1. chiffres d’il y a dix ans ↩︎

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What is Mindfulness

Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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