Histoires de sangha / Heureuse continuation, Soeur Chân Không !

Le 9 avril dernier, nous avons célébré le jour de continuation (anniversaire) de notre chère Soeur Chân Không (Soeur Vraie Vacuité). Membre fondatrice de l’Ordre de l’Inter-Être (Tiep Hien) et du Village des Pruniers, Soeur Chân Không est une véritable source d’amour, d’actions empreintes de compassion et un refuge pour notre communauté bien-aimée et pour le monde entier.

Sœur Chân Không interprétant un chant lors de la récente cérémonie de transmission de la Lampe du Dharma

Cette année 2026 marque le soixantième anniversaire de l’Ordre de l’Inter-Être. En l’honneur de cet anniversaire et de la Journée de la Continuation de Sœur Chân Không, nous vous proposons un extrait de son ouvrage autobiographique, ‘La force de l’amour : pratiquer le bouddhisme en temps de guerre’, qui retrace la naissance de l’Ordre de l’Inter-Être sous la direction et grâce à la vision de notre cher maître Thich Nhat Hanh.

Le 5 février 1966, un jour de pleine lune, Thay Nhat Hanh a ordonné les six premiers membres de l'Ordre Tiep Hien, l’Ordre de l’Inter-être. Cet Ordre a été créé par Thay afin de contribuer à ancrer le bouddhisme au cœur des préoccupations sociales, à une époque où la guerre s’intensifiait et où les enseignements du Bouddha étaient plus que jamais nécessaires. Thay proposa que l’Ordre soit composé de moines, de moniales, de laïcs (femmes et hommes), et déclara que nous six, les premiers ordonnés, étions libres de choisir si nous préférions vivre et pratiquer en tant que moines ou moniales officiels ou en tant que laïcs. Nous, les trois femmes de cette première ordination, avons choisi de mener une vie de célibat comme des nonnes, même si nous ne nous sommes pas rasé la tête, tandis que les trois hommes ont choisi de se marier et de pratiquer en tant que bouddhistes laïcs. Parmi les trois femmes se trouvait Nhat Chi Mai, qui s’est immolée pour la paix à peine un an plus tard.

Ce fut une cérémonie inoubliable ! Chacun.e d’entre nous a reçu une lampe dotée d’un abat-jour fabriqué à la main sur lequel Thay avait calligraphié en chinois ancien 'Lampe du monde', 'Lampe de la pleine lune', 'Lampe de la sagesse', etc. Au cours de la cérémonie d’initiation, nous, les six personnes nouvellement ordonnées, avons fait le vœu d’étudier, de pratiquer et d’observer les Quatorze Préceptes de l’Ordre de l’Inter-Être. Depuis ce jour, ces préceptes constituent mon plus sûr guide, en particulier lorsque je suis stressée et que je ne sais pas comment agir au mieux.

A celles et ceux qui avaient été officiellement ordonnés par lui, Thay Nhat Hanh demandait de pratiquer au moins soixante 'Journées de pleine conscience' par an et de le faire au sein d’une communauté d’amis. Bien qu'extrêmement affairée, je me ressourçais chaque semaine grâce à une 'Journée de pleine conscience' dans notre temple de l'EJSS (Ecole de la Jeunesse au Service Social), du samedi midi au dimanche midi. J'arrivais toujours très préoccupée par les soucis liés à des responsabilités urgentes, mais après un moment, je parvenais peu à peu à me calmer et à faire taire même les pensées les plus angoissantes. J'essayais de m'attarder en pleine conscience sur chaque geste, en commençant par poser mon sac de voyage dans ma chambre, faire bouillir de l'eau pour me laver et enfiler mes vêtements de méditation.

Ensuite, je pratiquais seule la méditation marchée dans les bois, cueillant des fleurs sauvages et des branches de bambou pour les compositions florales de la salle de méditation. Après trois heures passées à rester pleinement attentive à chaque geste et à me libérer de tous mes soucis, je me sentais revigorée, prête pour réciter les préceptes avec les cinq autres membres de l’Ordre, et chanter ensemble le Soutra du Cœur. Après quoi, nous partagions le thé et nos expériences de la semaine écoulée, dînions ensemble en silence, puis pratiquions la méditation assise avant de nous coucher. Le lendemain matin, nous pratiquions à nouveau la méditation ensemble. Pendant les moments individuels avant et après la méditation du soir, ainsi que le lendemain, je devais parfois reprendre mon travail urgent seule dans ma chambre, mais je le faisais toujours en pleine conscience.

Un jour, Nhat Chi Mai m’a dit : « Notre ordre est tellement nouveau que l’Église bouddhiste ne nous reconnaît pas comme des nonnes. » Je l’ai rassurée en lui disant : « Ne t’inquiète pas. Nous n’avons pas besoin de leur reconnaissance. Nous avons été ordonnées par Thay parce que nous voulions suivre les Quatorze préceptes. Les autres peuvent nous considérer comme des laïques, des nonnes ou tout ce qu’ils veulent. Ce qui importe, c’est que nous pratiquions les préceptes comme des lignes directrices qui éclairent notre chemin de service et nous aident à transformer nos tendances négatives, telles que le fanatisme, l’étroitesse d’esprit, la colère et la haine. » En effet, à mesure que nous continuions à pratiquer sincèrement, de nombreux moines éminents en vinrent à nous apprécier. Et même s’ils ne nous appelaient pas 'nonnes', ils nous traitaient avec le même respect.

Aujourd’hui, des milliers d’amis en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et en Asie ont découvert et pratiquent ces quatorze préceptes, même si la plupart n’ont pas eu l’occasion de les recevoir officiellement de Thay. Je conseille toujours à celles et ceux qui souhaitent pratiquer les préceptes de former une sangha, une communauté d’amis, afin de réciter les préceptes chaque mois et de partager leurs expériences de la mise en pratique de ces préceptes. Ce faisant, ils et elles deviennent déjà membres de la communauté élargie de l’Ordre de l’Inter-Être.

Extrait de l'autobiographie de Soeur Chân Không La force de l'Amour
Semer le bonheur et la joie à travers chaque sourire

Quelques lettres d’amour à Soeur Chân Không

Sœur Chân Không a de grandes réserves de joie et de bonheur. C’est ce que j’apprécie le plus chez elle. Sa foi inébranlable dans le Dharma se renforce chaque jour par le fait qu’elle récolte les fruits de la transformation et de la guérison nés de la pratique. Sa force, sa gaieté et son aptitude au bonheur sont de merveilleux réconforts pour beaucoup d’entre nous au Village des Pruniers et au sein de la grande sangha. Le travail social et l’aide aux nécessiteux sont pour elle des sources de joie. L’amour et la sollicitude qui sous-tendent son travail sont profonds et sincères. Vraie Vacuité est aussi Vrai Amour. Son histoire va bien au-delà des mots. Sa vie entière est un véritable enseignement du Dharma.

Thich Nhat Hanh (Extrait de sa préface de ‘La force de l’Amour’)

Je me sentais proche de Chi Phuong, dont le nom de Dharma était Chân Không, ‘Véritable Vacuité’. J’avais l’impression de l’avoir déjà connue, mais je ne savais ni où ni comment. À cette époque, je n’avais aucune idée de tout ce que Thay et Sœur Chân Không avaient accompli ensemble et séparément pour soulager la souffrance tout au long des années de guerre au Vietnam, ni de la façon dont elle avait été l’assistante fidèle de Thay pendant si longtemps. Pour décrire son travail intrépide et inlassable visant à apporter plus de bonheur et moins de souffrance dans le monde, Thay a qualifié Sœur Chân Không de ‘guerrière de la paix’.

Extrait du livre True Virtue de Sister Chan Duc, décrivant sa rencontre avec Soeur Chân Không en 1986

À l’heure actuelle, il semble que seuls quelques anciens membres ‘vétérans de longue date de l’IE’ soient encore parmi nous. L’une des personnes qui restent, et que nous devons chérir, est Sœur Chân Không. J’ai entendu Thây raconter qu’au cours d’une retraite en Europe, personne n’avait apporté le texte des Quatorze Préceptes. Sœur Chân Không a donc dû le retranscrire à la machine. Et d’où venait le texte ? Il jaillissait de son propre cœur. Elle avait appris le texte par cœur avec une grande précision, comme s’il avait été soigneusement conservé dans le musée de sa conscience.

Extrait d’un enseignement du Dharma du Vénérable Thich Phuoc Tinh : ’’La compréhension et l’amour : L’esprit des 14 Entrainements à la pleine conscience’’, évoquant les grandes compétences et l’engagement de Sœur Chân Không

Chère Sœur Chân Không, j’éprouve une profonde reconnaissance envers vous et les autres Membres de la famille du Cèdre, de nous montrer par votre exemple comment incarner une compassion inébranlable face à l’injustice… Je m’incline profondément!

Kat, Joyeux Engagement du Coeur (Tâm Tiep Hỷ)

Sœur Chân Không, vous êtes une véritable source d’inspiration pour moi. Merci infiniment de nous chanter des berceuses pendant la relaxation profonde. Elles aident mon enfant intérieur à guérir ! Avec tout mon amour !

Magda, Cœur de Bodhi de la Source

Merci, chère sœur Chân Không, d’être une source d’inspiration pour tant d’entre nous ! _()_

Aaron Solomon (Chan Phap Man)
Celebration avec les nouveaux enseignants laïcs du Dharma et les nouveaux membres de l’Ordre de l’Inter-Être lors de la récente semaine de transmission de la lampe.

Un cadeau de transformation et de guérison

Nous vous invitons à écouter ce rare enregistrement de Thich Nhat Hanh et de Sœur Chan Khong chantant ensemble Night of Prayer (poème de Thây, Nuit de prière)

Version française du poème en cliquant ici

A cet instant, le vent était tombé, les oiseaux silencieux.
Sept fois la terre trembla, alors que l’immortalité traversait le courant de la naissance et de la mort.
La main sur la roue, dans le moudra de la paix, s’épanouissait comme une fleur dans la nuit.

A cet instant, la fleur de l’immortalité s’ouvrait dans le jardin de la naissance et de la mort –
le sourire, mot et semblables, éveillés.
Il est venu pour apprendre le langage de l’homme.

Cette nuit-là, dans le Paradis de Toushita, les dévas regardaient vers le bas,
ils voyaient la Terre, ma patrie, aussi brillante qu’une étoile,
pendant que les galaxies s’inclinaient, avec respect jusqu’à ce que l’Est devienne rose, et les jardins de Lumbini un doux berceau accueillant Bouddha, à peine né.

Ce soir, ce soir, sur la Terre, ma patrie, les hommes regardent vers le haut.
Les yeux aveuglés de larmes se tournent vers le Paradis de Toushita.
Les cris de douleur sont partout, pendant que la main de Mara s’abat avec violence et haine.

Dans l’obscurité, la Terre, ma patrie, aspire à l’événement miraculeux
quand l’éternité lève ses voiles, les ombres se dissolvent,
et Maitreya arrive dans mon pays.
La clameur de l’existence résonne à nouveau dans le chant d’un enfant.

Ce soir la lune et les étoiles sont témoins.
Que ma patrie, que la Terre, prient pour le Vietnam – pour ses morts et ses flammes, pour sa peine et son sang – pour que le Vietnam se relève de ses souffrances et devienne ce doux berceau tout neuf pour le Bouddha à venir.
Que la Terre, que mon pays, prient pour qu’une fois encore, la fleur s’épanouisse.

Ce soir, nous espérons que notre agonie portera ses fruits ;
que la naissance et la mort traverseront le courant de l’existence
et que la source d’amour baignera dix mille coeurs ;
que l’homme apprendra le langage de l’ineffable.
Alors, le babillement de l’enfant enseignera la voie.

Ecrit en 1964 par Thich Nhat Hanh. Musique composée en 1968.

Ouvrages et pratiques proposées par Soeur Chân Không

À cette occasion, nous vous invitons à rédiger un petit mot (ci-dessous) à l’intention de Sœur Chân Không afin de lui exprimer votre gratitude ou de lui faire part de la manière dont sa présence et ses enseignements vous ont touché et ont marqué votre vie. Merci beaucoup !


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What is Mindfulness

Thich Nhat Hanh January 15, 2020

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