Dans cet article, nous donnons la parole à Elli Weisbaum, une pratiquante de très longue date au sein de Wake Up et l’une des plus jeunes enseignantes du Dharma laïques de notre tradition. Elle a reçu la lampe l’année dernière, en mars 2025, en amont des cérémonies de transmission au cours desquelles de nombreux-ses jeunes pratiquant.e.s ont reçu les 14 Entraînements à la pleine conscience, rejoignant ainsi l’Ordre de l’Inter-Être.
Cet article intervient à l’approche de notre retraite de juin 2026 qui marquera le soixantième anniversaire de l’Ordre de l’Inter-Être.
Cet article reprend une interview de Jazz & Ellie, initialement publiée sur wkup.org.
Wake Up : Comment as-tu découvert la Pratique ?
Elli: C’est ma maman qui, la première, a découvert les livres de Thay. Elle travaillait dans le milieu scolaire et s’appuyait sur la pratique du partage du Dharma avec l’objectif de réduire la ségrégation raciale au sein des étudiant.e.s de ses classes. Quant à mon père, il était médecin et s’intéressait à la pleine conscience sous cet angle. Mes parents ont également essayé d’intégrer ces enseignements à la vie familiale. Nous organisions des réunions familiales mensuelles, au cours desquelles nous pratiquions le nouveau départ.
En 1998, alors que j’avais 10 ans, nous avons participé à notre première retraite ensemble. Thay et la Sangha organisaient une retraite familiale lors de leur tournée semestrielle aux États-Unis. Le programme pour les enfants était très restreint à l’époque : nous n’étions que six ou sept. Parfois, Thay s’approchait de nous pour nous regarder dessiner. Il ne disait rien, mais un véritable échange s’établissait, bien au-delà des mots (sourires).

Wake Up : Cela fait maintenant plus de 25 ans que tu fais partie de la Sangha : tu as ‘gravi les échelons’ en passant par le programme pour enfants, puis celui destiné aux adolescents, avant de rejoindre le mouvement ‘Wake Up’ et de recevoir aujourd’hui la lampe. Comment s’est déroulée ta maturation au sein de la Sangha ?
Elli : Cela s’est déroulé de façon merveilleuse ! J’ai accumulé quantité de souvenirs précieux, tant de joie et de moments de jeu. À l’époque, cela ne me semblait ni spécial ni différent, j’étais juste une enfant. Nous participions chaque année à la retraite familiale et, faire partie de la Sangha, c’était tout simplement ma vie à cette époque.
La première partie des enseignements de Thay était toujours consacrée aux enfants. Ensuite, Thay invitait les enfants à se lever, à saluer les adultes, puis à sortir jouer. Je me souviens de certains passages de ces enseignements, mais je passais aussi mon temps à me rouler par terre et à décrocher (rires).
Je me souviens avoir beaucoup joué avec les moines et les moniales, par exemple avec Sœur Man Nghiem qui avait à peu près mon âge. Maintenant que j’intègre la pratique dans mon travail, j’enseigne aussi aux enfants, et cela s’accompagne d’une grande part d’espièglerie et de spontanéité. Le fait d’avoir été exposée à ces enseignements dès mon enfance m’a permis de les intégrer profondément en moi, dans mon corps. Je peux les aborder avec aisance et créativité. C’est là la joie et la liberté de grandir au sein de la Sangha. Quand j’arrive dans un centre de pratique, je me sens tout simplement chez moi. J’ai du respect pour les moines et les moniales, mais, comme je les connais, je peux aussi les voir simplement comme des êtres humains. Lors des retraites, nous jouons aussi, nous mangeons des pizzas et nous nous amusons ensemble. Ils sont pour moi comme une famille.
Quand j’étais enfant, je n’ai jamais essayé d’expliquer à mes ami·e·s ce que je faisais. Je ne parlais pas des retraites. Je disais simplement que je partais en vacances avec ma famille. Je n’avais pas besoin de le faire pour mettre cette pratique en œuvre. Dans les conversations, je pouvais simplement offrir une écoute profonde, sans expliquer de quoi il s’agissait.
Arrivée aux études supérieures, je me suis moins impliquée dans la Sangha. J’ai étudié les beaux-arts et j’ai commencé à travailler dans la production cinématographique. Issue d’un milieu privilégié, c’était la première fois que je me heurtais réellement à la souffrance dont j’avais tant entendu parler. J’avais fréquenté des écoles alternatives à Toronto où l’on parlait beaucoup de justice sociale, mais dans l’industrie cinématographique, par exemple, j’ai pu faire l’expérience directe du sexisme, car c’est un secteur dominé par les hommes. C’est finalement ce qui m’a ramenée à la pratique.
C’est à peu près à cette époque que Thay a lancé Wake Up. C’est alors que je suis devenue une bâtisseuse de sangha. Même si, en réalité, j’ai toujours été une bâtisseuse de sangha : j’adore rassembler les gens. Wake Up m’a donné la possibilité d’endosser ce rôle et de créer une sangha Wake Up à Toronto.
Au cours de la cérémonie de transmission de la lampe, l’aspirant.e enseignant.e du Dharma présente un gatha (poème) de réflexion à la communauté. L’enseignant.e du Dharma qui transmet la lampe (Thay Phap Dung dans le cas d’Elli) reçoit ce gatha, puis répond par un autre gatha au nom de la Sangha, tout en offrant une explication de ces gathas. Voici les gathas qu’Elli a présentés et reçus :
Gatha de Vision profonde
D'innombrables générations de sagesse coulent en moi,
Me baignant d'amour, de douleur, de chagrin et de joie.
Grâce à la pratique quotidienne, l'eau continue de couler, plus claire, plus douce,
Se déversant sur les générations futures,
Remplissant à nouveau le vaste océan du Dharma.
Quel cadeau que de faire partie de ce courant d'amour sans fin !
Gatha de transmission (réponse des ancêtres)
Depuis ses racines juvéniles, la Voie véritable se déploie avec grâce,
Un courant bleu et radieux d’espoir s’écoule, illuminé par la lueur du Dharma,
La lame de la compréhension ouvre la voie vers la paix,
Un courant d’amour infini se jette dans l’océan de la souffrance


Wake Up : Qu’as-tu ressenti en recevant la lampe ?
Elli : D’une certaine manière, cela s’inscrit dans le prolongement naturel de ma vie. Je suis en quelque sorte sur ce chemin depuis toujours avec le Village des Pruniers. Mais il y a aussi quelque chose qui dépasse les mots. Au cours de la transmission, j’ai senti un changement en moi. Participer à ces cérémonies m’a profondément émue. Je suis très reconnaissante et touchée par la confiance que m’accorde la communauté. Je me suis sentie profondément aimée et accueillie.
Au moment où j’ai reçu la lampe, j’ai eu l’impression, l’espace d’un instant, que tout s’effaçait. Je connais Frère Phap Dung depuis tant d’années. Il m’a éclairée à maintes reprises dans ma pratique. Nous avons ri, joué, pratiqué et animé des retraites ensemble. Il connaît également mes parents. La transmission s’est déroulée dans la joie et les rires. Il y a eu une transmission directe entre maître et disciple. La dernière ligne de la réponse des ancêtres a vraiment résonné en moi. Je me suis imaginée comme un courant d’amour infini. J’entends cette phrase dans ma tête maintenant, lorsque j’entre dans les différents lieux et que je me rends en cours.
Lorsque j’ai reçu la lampe, j’ai pris conscience qu’on m’avait confié la responsabilité de perpétuer notre lignée. Nous constituons une lignée vivante, ce qui signifie que nous devons nous renouveler à chaque instant. Nous avons besoin de davantage d’enseignant·e·s du Dharma, et nous avons besoin de plus de jeunes enseignant·e·s du Dharma. « Prends de l’espace pour créer de l’espace », c’est ce que me disait toujours mon bibliothécaire à l’université.

Dans mon travail, je jette des ponts entre la science et la Sangha. Je souhaite continuer à tisser ces liens et faire savoir à chacune et chacun qu’elle ou il a sa place dans notre Sangha. Nous formons parfois une famille un peu chaotique. Tout le monde ne s’est pas toujours senti en sécurité ou accepté. Il peut y avoir des tensions entre différents groupes. Et tout cela est bienvenu. Je ressens un profond sentiment d’appartenance au sein de cette Sangha et je me demande comment je pourrais faire en sorte que chaque membre puisse ressentir la même chose.
Nous venons tout juste de démarrer un groupe d’étude ‘Wake Up Inter-Être’ en Amérique du Nord : il compte plus de 50 aspirant.e.s, de moins de 45 ans, dont beaucoup sont issu.e.s des communautés BIPOC et/ou queer. En ce moment, alors que le monde est en feu, nous avons besoin de bodhisattvas. Le groupe d’étude est animé par d’ancienn.e.s participant.e.s Wake Up, et des enseignant.e.s du Dharma viennent y offrir des enseignements. Nous rassemblons toutes ces personnes afin qu’elles incarnent le renouveau et la continuité de notre Sangha. C’est ce feu qui brûle en mon cœur depuis que j’ai reçu la lampe.
Une personne nous a demandé comment nous allions ‘évaluer’ toutes ces candidatures. J’ai posé la question à Larry Ward, enseignant du Dharma, et il m’a répondu :« Avec tout ce qui se passe dans le monde en ce moment, la dernière chose qui m’inquiète, ce sont les personnes qui souhaitent étudier les 14 Entraînements à la pleine conscience. Nous avons besoin de chacune d’entre elles. »

Si vous souhaitez continuer à découvrir les actions Wake Up, nous vous invitons à lire cet article, paru sur leur site (en anglais)
–> Tu n’es pas seul.e.