Septembre rime avec rentrée et retour à un rythme plus soutenu. Comment maintenir la conscience à la respiration et à l’ici et maintenant?
Aujourd’hui, nous vous proposons un article basé sur des questions posées à Thây lors de retraites d’été, retraites qui offrent l’occasion à des retraitant.e.s de tous âges, parents, enfants, adolescent.e.s, de vivre la pratique ensemble et, à la fin de chaque semaine, de soumettre leurs questionnements les plus personnels.
La première question a été posée au nom de tous les participants au programme pour adolescents de l’été 2014
Comment puis-je mettre fin aux perceptions négatives que j’ai de moi-même ?
Les perceptions de soi ne renvoient pas à un soi distinct
Cette question devrait être posée aux parents et aux enseignants ; si ceux-ci en ont le temps, ils se rendront compte que c’est l’environnement qui est responsable de la situation dans laquelle se trouvent de nombreux adolescents.
Avant tout, au sein de la famille, il se peut que les enfants n’aient pas l’occasion d’apprendre à s’aimer eux-mêmes et à prendre soin d’eux-mêmes. Si les parents savent comment s’aimer eux-mêmes et prendre soin d’eux-mêmes, leurs enfants apprendront naturellement à leur tour, car les parents sont en quelque sorte des éducateurs. Les parents ont donc une responsabilité. Les parents souffrent et ne savent pas comment gérer leur souffrance. Les parents souffrent et se font souffrir mutuellement. C’est le genre d’environnement familial dans lequel un enfant n’est pas épanoui, où il peut accumuler de nombreuses blessures intérieures.
À l’école, les enseignant·e·s ne peuvent pas non plus les aider, car ils peuvent se retrouver dans la même situation que les parents. Les problèmes qu’ils rencontrent à la maison se répercutent à l’école. À la maison, les enseignant.e.s ont des difficultés avec leurs enfants ; à l’école, ils ont des problèmes avec leurs élèves. Si les enseignant·e·s ne savent pas comment gérer la souffrance qui les habite, s’ils ne savent pas s’aimer et prendre soin d’eux-mêmes, ils ne peuvent pas aider les élèves à faire de même.
Si nous avons des enseignantes et enseignants heureux, s’ils savent s’aimer et prendre soin d’eux-mêmes, alors l’enfant aura une seconde chance. Cette seconde chance, c’est une école offrant un environnement favorable, où les enseignantes et enseignants sont capables de faire preuve de compassion, de sérénité et d’amour. Si les enseignantes et enseignants ne savent pas gérer leur souffrance, alors il n’y a pas de seconde chance pour l’enfant.
Les responsables du ministère de l’Éducation devraient prendre conscience que l’environnement scolaire et familial n’est pas propice à la paix, au respect mutuel, à l’amour et à la compréhension. Ils devraient s’efforcer de réformer le système éducatif. Ils devraient mettre en place dans les écoles un enseignement qui aide les jeunes à apprendre à s’aimer eux-mêmes, à prendre soin d’eux-mêmes, à se reconstruire, et à transposer ces pratiques chez eux afin d’aider également leurs parents.
Il s’agit d’un problème majeur, mais les jeunes peuvent y remédier. Ils peuvent s’exprimer. Par exemple, ce matin, lorsque tu as posé cette question, tu nous as aidés, en tant que parents et enseignants, à prendre conscience de la situation, car nous sommes peut-être trop accaparés par notre souffrance, notre colère et nos problèmes pour avoir le temps de t’écouter. En posant cette question, tu nous aides donc à comprendre ce qui se passe, et cela nous donne l’occasion de réfléchir à la manière dont nous pourrions changer notre façon d’agir afin de t’offrir de meilleures chances de changer toi aussi.
Au Village des Pruniers, nous proposons un enseignement et une pratique qui nous aident à prendre soin de notre corps, à le protéger, à le chérir et à le guérir. Lorsque nous y parvenons, nous pouvons également aider nos parents et nos enseignants.

Tu es un chef-d’œuvre du cosmos
Au Village des Pruniers, nous apprenons que nous avons un corps et que notre corps est une merveille. Notre corps est un chef-d’œuvre du cosmos. Les biologistes, les neuroscientifiques, tous s’accordent à dire que le corps humain est un chef-d’œuvre. C’est une merveille. Nous devons apprendre à chérir, à protéger et à préserver ce chef-d’œuvre du cosmos. Nous apprenons également que ce corps nous a été transmis par des générations d’ancêtres, et que nos ancêtres ne sont pas morts. Ils sont toujours vivants dans notre corps. Si nous maltraitons notre corps, nous maltraitons tous nos ancêtres.
Nos parents sont également présents dans notre corps et nous sommes le prolongement de nos parents. C’est le genre de pratique que nous suivons : regarder notre corps avec plus de profondeur. Nous commençons à le respecter, nous essayons de le préserver et de le protéger. Nous apprenons également des choses très concrètes, notamment à apaiser notre corps. Il y a du stress, des tensions et de la douleur dans notre corps. Au Village des Pruniers, nous apprenons à respirer et à marcher de manière à pouvoir relâcher les tensions de notre corps. Ce sont des pratiques très concrètes que les parents et les enseignants ne connaissent peut-être pas. Nous avons la chance de pouvoir les mettre en œuvre ici. Nous pouvons nous entraîner à relâcher les tensions et à soulager la douleur dans notre corps.
Au Village des Pruniers, nous apprenons également à apaiser une sensation, à calmer une émotion et à trouver la paix. Nos parents et nos professeurs ne nous ont peut-être pas enseigné ces choses, mais nous avons désormais l’occasion de les apprendre. Il existe de nombreuses choses que les adolescents peuvent faire pour s’améliorer d’abord eux-mêmes. Nous savons que les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience sont très utiles. Si vous vivez en accord avec les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience, vous pouvez vous protéger. Vous ne laissez pas votre corps et votre esprit être détruits ou ruinés par l’environnement.
Si vous ne respectez pas votre corps, l’autre ne le respectera pas non plus. Si vous ne vous respectez pas vous-même, alors l’autre ne vous respectera pas. C’est pourquoi vous devez d’abord vous respecter vous-même. Votre corps est quelque chose de beau et de sacré. C’est un chef-d’œuvre du cosmos qui peut être empli de paix, de bien-être et de joie. Si nous connaissons la pratique, nous pouvons aider notre corps à être protégé, à guérir et à être une source de joie pour nous-mêmes et pour les autres.

La deuxième question a été posée en 2013 par un jeune pratiquant, au monastère de Deer Park
Comment faire pour ne plus être accro aux jeux vidéo ?
Consommer pour oublier notre souffrance
Les jeunes portent peut-être déjà beaucoup de souffrance en eux, et leurs parents ne savent pas comment aider leurs enfants à souffrir moins, à transformer cette souffrance qui les habite.
C’est pourquoi parents et enfants tentent tous deux de masquer leur souffrance intérieure par le divertissement, la musique, les livres, les films, les jeux vidéo, etc. Or, il ne s’agit pas vraiment de plaisir : c’est simplement une tentative de fuir cette souffrance intérieure. Et au fil du temps, cette souffrance ne cesse de grandir, car ce à quoi nous recourons pour oublier notre souffrance peut nous apporter davantage de toxines, de poisons, de colère et de détresse. Ce n’est donc pas vivre. C’est fuir la vie.
Mais ce que l’Occident appelle le royaume de Dieu, nous l’appelons, dans le bouddhisme, le corps du Dharma. Le Bouddha possède le corps de Bouddha, mais il possède également son corps du Dharma, et lorsque le corps physique du Bouddha n’est plus là, son corps du Dharma perdure. Lorsque vous écoutez ; lorsque vous contemplez une fleur ; lorsque vous écoutez le vent dans les saules, avec pleine conscience et concentration, vous entendez l’enseignement du Dharma dispensé par le corps du Dharma du Bouddha. Le Bouddha est toujours vivant et dispense des enseignements du Dharma ; si vous contemplez la lune, les nuages, le ciel bleu, la rivière, la marée montante, alors tout vous enseigne le Dharma.
Le corps du Dharma est équivalent au Royaume de Dieu, et nous savons que le Royaume de Dieu est là. Chaque fleur, chaque arbre appartient au Royaume de Dieu ; ils vous parlent, ils vous parlent du Royaume de Dieu qui est ici et maintenant. Ainsi, si vous savez comment rentrer chez vous, revenir en vous ici et maintenant, vous avez le Royaume de Dieu avec vous, ils vous nourriront, vous serez heureux et vous n’aurez pas besoin de fuir pour vous réfugier dans les jeux vidéo.
Pratiquez pour apprécier les merveilles de la vie, ici et maintenant
Lorsque vous respirez en pleine conscience, vous ramenez votre esprit vers votre corps, et lorsque l’esprit et le corps ne font plus qu’un, vous êtes véritablement vivant. Si vous vous perdez dans votre ordinateur, votre corps et votre esprit sont séparés. Vous n’êtes pas vraiment en vie, et vous gaspillez votre vie ; vous n’en tirez aucun bienfait. La nature nous a donné la vie, et chaque minute, chaque seconde est un joyau. Si vous parvenez à rester dans l’ici et maintenant, vous pouvez profiter du royaume de Dieu ici et maintenant, et c’est là le plus beau des bonheurs.
Voici un exemple tiré de l’Évangile : un paysan découvre un lopin de terre renfermant un trésor ; il rentre donc chez lui et vend tout ce qu’il possède afin d’acheter ce petit lopin de terre, car il recèle un trésor qui peut le rendre heureux toute sa vie, et même dans ses vies futures. Si vous possédez ce trésor, le royaume de Dieu, vous n’avez besoin d’aucune autre chose, ni de l’argent, ni de la gloire, ni du pouvoir, ni des plaisirs charnels, ni des jeux vidéo.
Les parents devraient pratiquer afin de pouvoir apprécier le royaume de Dieu, ici et maintenant. Ainsi, ils pourront enseigner à leurs enfants à faire de même, et ceux-ci ne devraient plus fuir la réalité pour se réfugier dans les jeux vidéo et tomber dans la dépendance. Sinon, votre corps et votre esprit finiront par rencontrer de nombreux problèmes. Et c’est un fait avéré : si vous passez trop de temps devant votre ordinateur ou à jouer à des jeux électroniques, vous serez dépendant des nouvelles technologies et vous n’aurez plus le temps de profiter des merveilles de la vie, du royaume de Dieu qui s’offre à vous ici et maintenant.
Cette réponse de Thich Nhat Hanh ne s’adresse pas seulement à un jeune, mais à nous toutes et tous, en particulier aux parents et aux enseignants. Bonne pratique à chacun.e d’entre nous ;-)
Quelques ressources en français