Dans cet article, Soeur Chan Duc (Soeur Annabel Laity) adresse un message chaleureux aux membres de l’Inter-Être et aux jeunes aspirant à rejoindre la Communauté de l’Inter-Être.
Alors que nous sommes 900 personnes présentes au Village des Pruniers pour célébrer les 60 ans de l’Ordre de l’inter-être, Soeur Chan Duc nous adresse un riche et nourrissant message.
Cet article est une traduction de son original paru dans la revue Mindfulness Bell, No. 97.

Chers membres de l’Ordre de l’Inter-être « Wake Up »,
Nous, les membres les plus anciens de l’Ordre de l’Inter-être (IE), savons que vous êtes là et cela nous en sommes très heureux. Nous avons besoin de vous. Si nous pouvons vous aider de quelque manière que ce soit, n’hésitez pas à nous le faire savoir.
Pourquoi sommes-nous heureux de savoir que vous êtes là ? Pour votre énergie créative et votre jeunesse, ainsi que pour votre capacité à mettre la compassion en pratique.
Certains d’entre vous, aux États-Unis, s’étaient préparés à aider les enseignants du Dharma Larry Ward (Frère « True Great Sound ») et Peggy Rowe Ward (Sœur « True Original Vow ») à se rendre au rassemblement de juin 2026 au Village des Pruniers. Aujourd’hui, notre Frère n’est plus parmi nous physiquement, mais cela ne signifie pas que vous ne pourrez pas le faire venir à ce rassemblement. Votre profonde aspiration à l’inclusion et à la non-discrimination est le prolongement de la sienne.
En Europe et en Asie, celles et ceux qui ont pu travailler aux côtés de l’Enseignant du Dharma Hà Vĩnh Thọ (Frère Véritable Grande Compréhension) garderont également vivante sa profonde aspiration, et si vous participez à la retraite de juin 2026, vous l’emporterez avec vous. Cette aspiration vise à faire du « Bonheur national brut » notre critère de référence dans toutes nos actions et à ce que des enseignants heureux changent le monde.

Chers jeunes membres de l’Ordre de l’Inter Être, quels sont les principes qui nous guident dans notre service, nos études, notre pratique et nos moments de détente ? Ce sont : le détachement vis-à-vis des opinions (破執), l’adaptation à la situation (契機), l’expérience directe de la vérité (實證) et les moyens habiles (方便).
Le non-attachement aux vues signifie que nous perçons le voile de l’attachement à notre propre façon de voir les choses et à nos croyances. Cela signifie que nous sommes toujours prêt.e.s et ouvert.e.s à apprendre quelque chose de neuf. Pour cela, nous nous entraînons à cultiver l’habitude de l’écoute profonde, en particulier à l’égard de celles et ceux avec qui nous ne sommes pas d’accord. Nous ne nous disputons pas pour des broutilles. Par exemple, si quelqu’un dit : « C’est Sư Cô Hội Nghiêm qui a donné l’enseignement dimanche dernier », et que nous répondons : « Je croyais que c’était Sư Cô Lăng Nghiêm », nous en restons là. Nous ne cherchons pas à prouver que nous avons raison.
Nous reconnaissons qu’il existe une différence entre nos points de vue. Pourquoi perdre du temps et de l’énergie à se disputer pour des broutilles ?
On se dit simplement à voix haute ou en notre for intérieur : « Oh, j’ai sans doute tort. » Bien sûr, s’il s’agit d’une question de vie ou de mort, nous devons essayer d’expliquer à l’autre pourquoi nous avons cette perception, à travers un dialogue empreint de compassion.
Le dialogue compatissant est lié à la pertinence. La pertinence (ou l’adaptation à la situation) désigne la manière dont nous transmettons les enseignements du Bouddha et de notre maître aux autres. Nous nous interrogeons : « Le moment est-il propice pour partager ces enseignements ? Le lieu est-il approprié ? Et ces enseignements correspondent-ils aux besoins et aux aspirations des personnes à qui nous les transmettons ? » Avant de partager ces enseignements, nous devons nous renseigner sur notre public. Quelle est la souffrance des habitants de ce pays à l’heure actuelle ?
L’expérience directe de la vérité signifie que nous devons réaliser par nous-mêmes la vérité des enseignements. Lorsque nous faisons l’éloge du Dharma, nous disons qu’il est « ehipassiko ». Cela signifie que nous venons constater directement par nous-mêmes la véracité et l’efficacité de l’enseignement. D’autres peuvent nous montrer la lune, mais nous devons voir la lune par nous-mêmes et ne pas nous laisser distraire par le doigt qui la désigne. Nous nous appuyons sur les trois entraînements que sont la pleine conscience, la concentration et la vision profonde afin de faire l’expérience de cette vérité. Cela implique la nécessité de pratiquer avec assiduité la respiration en pleine conscience, la marche en pleine conscience et d’autres actions tout au long de la journée.
Les moyens habiles découlent de notre aspiration à soulager la souffrance et à apporter davantage de bonheur dans le monde. Nous n’agissons pas seulement avec notre intellect, mais aussi avec notre cœur et notre intuition. Pour mettre notre intuition à l’épreuve, nous avons toujours besoin de bons amis spirituels capables de nous aider à déterminer si les moyens que nous utilisons pour diffuser le Dharma sont habiles ou non.
Il y aura des moments où vous souhaiterez pratiquer avec nous, les membres de l’inter-être aînés ou plus âgés, et d’autres où vous aurez besoin d’être entre vous pour aborder les besoins spécifiques à votre tranche d’âge. Idéalement, l’IE dispose d’un Conseil de la Jeunesse ainsi que d’un Conseil des membres aînés. Nous espérons que certains d’entre vous seront prêts à siéger au sein de ce Conseil des jeunes afin de travailler aux côtés des membres plus âgés. Cela permettra d’apporter de la créativité dans les orientations de l’Ordre.

En vietnamien, l’IE s’appelle Tiếp Hiện (接現). Le mot Tiếp (接) signifie recevoir, relier, perpétuer. Vous recevez la transmission de vos ancêtres biologiques et spirituels. Vous appartenez à l’école Linji (臨濟), à la lignée de Liễu Quán. Vous êtes le prolongement de cette école et de cette lignée. Liễu Quán a adapté les enseignements de Linji à son époque, dans le centre du Vietnam. Vous souhaitez adapter les enseignements de Linji à l’époque et au lieu où vous vivez. Maître Linji ne s’est pas laissé piéger par la forme extérieure de la pratique. Au lieu de dépendre d’un Bouddha extérieur à nous-mêmes, il souhaite que nous nous appuyions sur notre propre nature d’éveil en vivant profondément l’instant présent dans tout ce que nous faisons. Thầy nous a rappelé à maintes reprises l’enseignement de Maître Linji selon lequel le miracle est de marcher sur la terre.
Le mot « Hiện » (現) signifie « faire entrer dans le moment présent » et « prendre conscience de la vérité par nous-mêmes ». Nous perpétuons cette transmission et l’intégrons dans le moment présent, en l’adaptant à notre époque.
Le nom anglais « Order of Interbeing » (ordre de l’inter-être) ne correspond pas au nom vietnamien, c’est pourquoi il est nécessaire de comprendre ce dernier. Il n’est pas possible de traduire succinctement « Tiếp Hiện » en anglais de manière à ce que ce terme puisse devenir le nom de l’Ordre. Thầy a inventé le mot « inter-être » en 1983 lors d’une retraite qu’il animait au Centre zen de Tassajara, en Californie, aux États-Unis. Thầy a expliqué que l’« inter-être » signifie qu’il nous est impossible d’exister seuls ou de faire en sorte que quelque chose existe par soi-même. L’« inter-être », la Voie du Milieu entre l’être et le non-être, est devenu l’un des piliers de l’enseignement de Thầy. Lorsque nous devenons membres de l’IE, nous nous engageons à comprendre l’« inter-être » non pas comme une théorie, mais comme une expérience concrète dans notre vie quotidienne, dans nos relations les un.e.s avec les autres et avec le monde.
Nous sommes ravi.e.s de vous voir si nombreux à cette retraite de juin pour célébrer les soixante ans de l’Ordre de l’Inter-Être.

Cet article provient de la revue Mindfulness Bell, No. 97.