Alors que l’année touche à sa fin, Thây nous invite à nous interroger sur ce que signifie la fin et le début d’une nouvelle année.

(extrait adapté d’un enseignement du Dharma offert le 29 décembre 2013)
Nous pensons qu’il ne reste que deux jours avant la fin de l’année 2013. Est-il vrai que l’année va mourir ? Peut-on parler de la naissance ou de la mort d’une année ? C’est un véritable objet de méditation.
Nous savons que nous avons inventé la notion de mois, jours et heures. Ils ont été inventés par l’esprit humain. Donc la notion d’année, elle aussi, est une notion que nous avons fabriquée.
Que signifie ‘mourir’ ?
Mourir signifie que de l’état d’être, on passe soudainement au royaume du non-être. Et c’est ce qui va arriver l’année qui vient. Dans deux jours, il n’y aura plus de 2013. Et nous pensons que l’année 2014 n’est pas encore là. Elle viendra dans deux jours – mais où est-elle maintenant, l’année 2014 ? Pouvons-nous la toucher ? La nouvelle année sera-t-elle vraiment une nouvelle année, ou ne sera-t-elle qu’une répétition de l’ancienne ? Cela dépend beaucoup de nous.
La nouvelle année sera-t-elle vraiment une nouvelle année, ou ne sera-t-elle qu’une répétition de l’ancienne ? Cela dépend beaucoup de nous.
Maintenant que l’année se termine, nous devrions pouvoir nous poser ces simples questions : qu’ai-je fait pendant l’année écoulée ? Ai-je été capable de produire des sentiments de joie et de bonheur ? Avons-nous appris à produire un sentiment de joie, un sentiment de bonheur chaque jour durant l’année ?
Nous savons de quelles conditions, de quels ingrédients nous avons besoin pour produire un sentiment de joie, un sentiment de bonheur pour nous et pour la ou les personnes que nous aimons. En tant que pratiquants, avons-nous pu produire joie et bonheur pour nous nourrir, nous et les personnes que nous aimons ?
Parfois surgissent un sentiment douloureux ou une émotion forte et désagréable ; pouvons-nous les gérer, les calmer afin de ne pas être une source de souffrance pour nous-mêmes ou pour les autres ? En tant que pratiquant.e.s, nous devrions savoir comment calmer un sentiment ou une émotion douloureuse, ou même les transformer en quelque chose de meilleur, comme la compassion, l’amitié, le pardon. L’amour et la haine, la douleur et le plaisir sont de nature organique. Si vous ne savez pas comment gérer l’amour, il peut se transformer en quelque chose d’autre, comme la colère ou la haine.
Mais si vous savez comment gérer la haine et la colère, vous pouvez les transformer en compréhension et en amour.
Nous pouvons apprendre toutes ces choses en pratiquant la pleine conscience. Si nous ne maîtrisons pas la pratique consistant à générer de la joie et du bonheur, si nous ne savons pas comment gérer les sentiments et les émotions douloureuses, nous allons répéter cela dans la nouvelle année. Et la nouvelle année ne sera pas très nouvelle, mais une répétition de l’ancienne année.
L’année qui va se terminer est notre invention, notre fabrication, notre produit.
La valeur de l’année à venir dépend de notre façon d’agir et de réagir, de notre façon de vivre notre vie.
Si nous connaissons la pratique de la respiration consciente, de la marche consciente et de la gestion consciente de la douleur, du chagrin et de la colère, nous pouvons améliorer la qualité de nos actions, de notre vie et de nos jours, mois et années.
Maintenant, c’est l’hiver ; en pratiquant la marche méditative, vous ne voyez pas de papillons, vous ne voyez pas non plus les fleurs de printemps, vous pensez qu’elles ne sont pas là, qu’elles n’existent pas. Mais ce n’est pas vrai : elles sont là, attendant le mois d’avril pour se manifester.
Vous ne pensez donc pas que la nouvelle année est déjà là ; mais elle est là ! Vous n’avez pas besoin de deux jours de plus pour toucher l’année nouvelle. Elle est déjà en vous et autour de vous. Vous pouvez la toucher maintenant.
Quand nous pensons à notre enfance : vous étiez une petite fille ou un petit garçon. Vous n’êtes plus un petit garçon ou une petite fille. Est-il mort, le petit garçon ? Est-ce qu’elle est morte, la petite fille ? Non. Le petit garçon ou la petite fille est toujours bien vivant.e en vous. Et parfois votre comportement est très proche de celui d’un petit garçon ou d’une petite fille. Donc le petit garçon, la petite fille ne sont pas morts. Ils sont toujours là et vous pouvez les toucher. En méditant comme cela, nous voyons que les choses continuent.
Rien ne naît, rien ne meurt.
Cela correspond à la première loi de la thermodynamique : matière et énergie ne peuvent être ni produites ni détruites. On peut transférer de la matière dans un autre type de matière. On peut transformer la matière en énergie, ou transférer de l’énergie dans un autre type d’énergie. On peut retransformer de l’énergie en matière. Mais nous ne pouvons pas produire d’énergie, et nous ne pouvons rien détruire. Cela correspond à l’enseignement de la non-naissance et de la non-mort.
La naissance et la mort ne sont qu’en surface. Si vous descendez profondément, il n’y a ni naissance ni mort. Il en va de même pour 2013. Au début de 2014, nous disons au revoir à 2013. Mais dès que nous pensons “Au revoir”, 2013 continue en 2014. Pour moi, l’année 2013 va continuer, même au mois de janvier 2014.
Nous pensons que nos ancêtres ne sont plus là, qu’ils sont morts. Mais ce n’est pas vrai. Nos ancêtres sont toujours vivants. Si nous regardons profondément dans chaque cellule de notre corps, nous pouvons voir la présence de nos ancêtres. Ils sont pleinement présents dans chaque cellule de notre corps et nous les portons dans le futur. Leur nature est donc aussi celle de la matière et de l’énergie, celle de l’absence de naissance et de mort.
Méditer signifie avoir le temps de regarder plus profondément, de voir des choses que les personnes qui ne méditent pas ne peuvent pas voir. Et si vous le faites bien, vous pouvez toucher votre nature de non-naissance et de non-mort.
Au cours de l’année 2013, avez-vous eu des difficultés avec quelqu’un ? Vous êtes-vous mis en colère contre lui ou elle ? Avez-vous eu envie de les quitter pour toujours ? Avez-vous su comment gérer ce genre de colère et de désespoir ?
Nous savons que nous sommes tous des enfants de la Terre, de la Terre Mère. Et un jour, nous retournerons à la Terre Mère. Pas seulement vous, mais cette personne aussi. Comme vous, elle ou il retournera à la Terre Mère. Le temps pendant lequel vous conserverez ce corps, cette forme de vie, est court ; peut-être seulement 30, 40, 50 ans. Et vous comprendrez que, pendant les années, les jours et les mois qui nous restent à vivre ensemble, nous devrions faire preuve de plus de compassion les uns envers les autres. Parce que nous retournerons à la Terre.
Si vous pratiquez les touchers de la Terre de cette façon, toute votre colère et votre souffrance disparaîtront très rapidement. La pratique du toucher de la terre est merveilleuse.
Les trois touchers de la Terre
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Pour entrer paisiblement dans l’année 2026, nous vous offrons un poème ; un texte écrit par notre maître Thich Nhat Hanh pendant la retraite d’hiver 1990 au Village des Pruniers, inspiré par la parabole de l’enfant pauvre dans le Soutra du Lotus et par l’idée de générosité dans le Soutra du Diamant.
Ce poème se trouve également dans le recueil de poésies de Thây “Une flèche, deux illusions“.
Vous pouvez également écouter la version lue par Soeur Dao Nghiêm, ci-dessous.
Poème dans sa version écrite (cliquer ici)
Notre véritable héritage
”Le cosmos est rempli de joyaux précieux.
Je veux vous en offrir une poignée ce matin.
Chaque moment que tu vis est un joyau,
qui resplendit et contient la Terre et le ciel,
l’eau et les nuages.
Il a besoin de toi pour respirer avec douceur
pour que les miracles apparaissent.
Soudain, tu entends les oiseaux chanter,
les pins psalmodier,
tu vois les fleurs s’épanouir,
le ciel bleu,
les nuages blancs,
le sourire et le regard merveilleux
de ton aimée.
Toi, la personne la plus riche de la Terre,
qui a mendié partout pour vivre,
cesse d’être l’enfant pauvre.
Reviens et réclame ton héritage.
Nous devons profiter de notre bonheur
et l’offrir à chacun.
Apprécie cet instant même.
Laisse se déverser le torrent du désespoir,
et prends la vie à bras le corps.”