Au coeur de la retraite de 21 jours consacrée au bouddhisme engagé, nous vous offrons un des textes qui a fait l’objet de nos méditations au village des pruniers
Extrait de ‘questions du Coeur’ par Thich Nhat Hanh

Nombre d’entre nous sont impatient.e.s d’œuvrer pour la paix, mais nous ne sommes pas en paix avec nous-mêmes. C’est avec colère que nous réclamons la paix. Et c’est avec colère que nous nous en prenons à celles et ceux qui, comme nous, sont également en faveur de la paix ; même les personnes et les groupes qui se consacrent à la promotion de la paix se disputent parfois entre eux. S’il n’y a pas de paix en nos cœurs, il ne peut y avoir d’harmonie parmi les artisans de la paix. Et s’il n’y a pas d’harmonie, il n’y a pas d’espoir. Si nous sommes divisés, si nous sommes désespérés, nous ne pouvons pas servir ; nous ne pouvons rien faire. La paix doit commencer par nous-mêmes : par la pratique de l’assise en silence, de la marche en pleine conscience, en prenant soin de notre corps, en relâchant les tensions dans notre corps et dans nos émotions. C’est pourquoi la pratique consistant à être en paix est à la base de la pratique visant à œuvrer pour la paix. Être en paix est la première chose à faire. Œuvrer pour la paix découle de ce fondement.
Dès l’instant où vous vous asseyez et commencez à inspirer, en apaisant votre esprit et votre corps, la paix devient une réalité. Ce type de respiration s’apparente à une prière. Lorsque l’élément paix est présent en vous, vous pouvez entrer en connexion avec les autres et les aider à trouver la paix, tout comme vous. Ensemble, vous formez un corps de paix, le corps de paix de la Sangha. La pratique peut nous apporter la paix immédiatement ; et lorsque nous sommes plus paisible, plus agréable, nous pouvons être plus efficace pour entrer en contact avec les autres et les inviter à se joindre à l’œuvre de paix. Puisque vous êtes paisible et que vous savez comment paraître paisible, parler paisiblement et réagir paisiblement, vous pouvez persuader de nombreuses personnes de se joindre à vous afin d’oeuvrer à promouvoir la paix et la réconciliation.

On ne peut pas instaurer la paix en se contentant de s’asseoir pour négocier ou élaborer des plans. Nous devons apprendre à inspirer et à expirer, à nous calmer, et nous devons être capables d’aider les autres à faire de même. S’il n’y a pas d’élément de paix en nous et chez l’autre, aucune de nos actions ne peut être qualifiée d’acte authentique de paix.
Nous devons pratiquer la paix au sein de nos entreprises, de nos villes et de nos écoles. Les enseignants doivent pratiquer la paix et enseigner à leurs élèves comment la mettre en pratique. Le président d’un pays ou le chef d’un parti politique doit pratiquer la paix, doit prier pour la paix dans son corps et son esprit avant de pouvoir demander efficacement aux autres premiers ministres et chefs d’État de se joindre à lui pour faire la paix. Idéalement, chaque conférence pour la paix devrait commencer par une marche méditative et une méditation assise. Il faudrait qu’une personne soit présente pour guider la relaxation totale afin de dissiper les tensions, la colère et la peur dans le corps et l’esprit. C’est cela, intégrer la dimension spirituelle dans notre vie politique et sociale ; c’est cela, le bouddhisme engagé.
